En moins d’une semaine, le Sénégal a changé de Premier ministre, perdu son président de l’Assemblée nationale et se retrouve face à une question constitutionnelle explosive : Ousmane Sonko peut-il revenir siéger et diriger l’hémicycle ?
Le Sénégal vit une séquence politique rare, dense et à haut risque institutionnel. Tout s’est accéléré vendredi dernier avec le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature par le président Bassirou Diomaye Faye. Une rupture brutale entre les deux hommes forts du projet Pastef, qui avaient pourtant conquis ensemble le pouvoir en mars 2024.
Quarante-huit heures après ce coup de tonnerre, El Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale et fidèle parmi les fidèles de Sonko, annonçait sa démission du perchoir. Le pays se retrouvait alors dans une situation inédite : sans Premier ministre, sans gouvernement formellement installé, et sans président de l’Assemblée nationale.
Lundi soir, Bassirou Diomaye Faye a nommé Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo au poste de Premier ministre. Économiste de 60 ans, spécialiste de macroéconomie, de régulation bancaire et de finance islamique, il est membre du gouvernement depuis avril 2024. Un profil technocratique, sobre, à mille lieues de la charge politique que représentait Sonko.
Mais c’est à l’Assemblée nationale que tout se joue ce mardi. Sonko vient d’arriver à l’hémicycle. Son parti, le Pastef qui contrôle 130 sièges sur 165, entend le réinstaller comme député, au motif qu’il avait simplement suspendu son mandat parlementaire durant son passage à la Primature. Le reste, selon le plan du parti, suivrait naturellement : une fois réintégré comme député, Sonko serait porté à la présidence de l’Assemblée nationale.
L’opposition crie à l’illégalité. Elle brandit l’article 54 de la Constitution, qui stipule que la qualité de membre du gouvernement est incompatible avec le mandat parlementaire. Des juristes, dont le juge Hamidou Dème, estiment que cette réintégration est juridiquement impossible. Le camp Pastef rétorque que l’incompatibilité n’invalide pas l’élection, elle impose seulement de ne pas exercer les deux fonctions simultanément.
Face à cette bataille juridique, le président Faye a saisi le Conseil constitutionnel. Son avis est attendu avant l’ouverture de la plénière fixée à 9 heures ce mardi.
En quelques jours, le Sénégal est passé d’une rupture au sommet de l’exécutif à une recomposition potentielle du pouvoir législatif. Avec, au centre de tout, un seul homme : Ousmane Sonko, limogé d’un côté, attendu de l’autre.
