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Le grand paradoxe togolais

Chaque année en juillet, le Togo entier a une bonne excuse pour ne rien faire : les Evala. Ministres, cadres, président du Conseil compris, tout le monde plie bagage pour Kara, où l’on lutte torse nu pendant que le pays, lui, continue de couler tout habillé. « La période des Evala révèle le paradoxe togolais », résume sur sa page Facebook, l’ancien député Gerry Taama, lui-même d’origine kabyè par sa mère. Sobrement, mais le constat, lui, ne l’est pas. Lisez plutôt!

La période des Evalas : le grand paradoxe togolais.

​Cette semaine est souvent pour moi la plus pénible en tant que Togolais. Mais attention, il ne s’agit pas d’acrimonie. Je suis Kabyè de par ma mère et j’en tire une saine fierté.

​La période des Evala révèle le paradoxe togolais pour trois raisons, de mon point de vue.

​Le premier paradoxe est que la préfecture de la Kozah, qui fait partie de la région de la Kara, a une population vivant avec un taux de pauvreté de plus de 65 %. Pourtant, chaque année, au mois de juillet, des centaines de millions sont déversés pour la célébration des évalas, sans aucune retombée pour la région. Tous ces millions auraient pu servir à financer des projets communautaires d’envergure et, d’autre part, des initiatives économiques. Quand les Evala finissent, la précarité revient.

​La seconde raison est qu’un pays pauvre comme le nôtre ne peut raisonnablement se permettre une interruption de ses activités administratives majeures pendant 10 jours. Je ne crois pas qu’un seul pays au monde le fasse. Le manque à gagner est énorme pour l’État. Résultat : on dépense énormément pour la fête, et de l’autre côté, on perd en entrées financières. Un vrai paradoxe.

​Le dernier paradoxe, c’est l’appropriation populaire. Au fil du temps, les Evala sont devenus la foire des suzerains pour les manants. Tout le gotha court les Evala pour se montrer et être vu. Et les jeunes (galériens) y vont dans l’espoir de dénicher une opportunité. Une bonne partie de ceux que l’on voit sur les réseaux sociaux crier que « ça ne va pas » prennent leurs maigres sous pour se faufiler aux Evala. C’est même devenu une sorte de mesure de réussite.

« Tu n’es pas aux Evala ? »

Et on oublie finalement que les voitures rutilantes et hors de prix, les hélicoptères, certaines villas somptueuses, la noria ininterrompue de jeunes femmes, l’exposition tape-à-l’œil des sociétés… que tout ceci résulte d’une mauvaise gouvernance qui prive ces jeunes du minimum vital. Le syndrome de Stockholm est là, dans son indicible cruauté.

​Le drame du Togo, c’est que les victimes adorent leurs bourreaux. Et aucun opposant ne peut rien contre cela.

​Les Evala sont devenus une opération commerciale et de subjugation. Et ça marche. C’est même à la mode.

​Moralité, plaindre le Togolais est une hérésie intellectuelle. Enfin, pas tous les Togolais. Mais suffisamment pour que rien ne change.

​Le menuisier, blasé.

Gerry Taama

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