Il est encore tôt, mais dans la cour de l’Atelier Ekouagou, à Agoè-Kové, une dizaine de silhouettes s’affairent déjà autour de feuilles blanches, de pots de peinture et de bouts de tissu récupérés. Pas de cahiers, pas de tableau noir : ici, les vacances scolaires se passent crayon en main, entre collages et découvertes artistiques. Depuis quelques jours, cet espace discret du quartier accueille, par vagues de dix, des jeunes venus s’initier gratuitement aux arts plastiques.
L’initiative, entièrement financée sur fonds propres, est née de la concertation entre l’Atelier Ekouagou et le Collectif Fragments Nomades, une association franco-togolaise que préside l’artiste plasticien Kokou Ekouagou. C’est lui qui anime la plupart des sessions, transmettant à ces apprentis créateurs bien plus qu’une simple technique : une manière de regarder le monde. Dessin, peinture, collage, techniques d’assemblage. Chaque outil devient prétexte à faire parler l’imagination et à apprivoiser une sensibilité encore en construction.
Car l’ambition dépasse largement l’apprentissage du trait juste. Dans un pays où beaucoup de jeunes passent leurs congés sans activité structurée, ces ateliers veulent offrir un cadre à la fois sain et stimulant. Patience, concentration, observation, esprit critique, confiance en soi : les qualités que l’on vient chercher ici se transportent bien au-delà de la feuille de papier.
Une histoire de persévérance
L’Atelier Ekouagou n’en est pas à son coup d’essai. Fondé il y a plusieurs années dans ce même quartier de Lomé, il a traversé les difficultés, la pandémie de Covid-19 en tête, sans jamais renoncer à sa mission de transmission. En 2024, un coup de pouce du Fonds national de promotion culturelle (FNPC) a permis d’aménager un véritable centre artistique, avec du matériel pédagogique digne de ce nom. Depuis, plus d’une cinquantaine d’enfants, âgés de 6 à 15 ans, sont passés par ses formations, jusqu’à exposer leurs œuvres lors de sessions de restitution.
À cette dimension locale, le Collectif Fragments Nomades ajoute un souffle plus large. Reliant Lomé à Paris, le collectif porte un manifeste qui pense l’art comme un espace de circulation, des histoires, des matières, des mémoires. Papier, textile, pigments ou objets récupérés y deviennent supports de dialogue entre cultures et générations, une philosophie que l’on retrouve, presque intacte, dans les ateliers proposés aux plus jeunes.
Car au fond, ce que cherchent à construire les deux structures dépasse la seule pratique artistique. En ouvrant gratuitement leurs portes, elles font le pari qu’un pinceau peut aussi être un outil d’inclusion sociale, et que le temps des vacances, souvent perçu comme un vide à combler, peut au contraire devenir un formidable espace d’apprentissage et, qui sait, l’un des premiers pas vers une vocation.

