L’écrivain togolais David Kpelly puise dans un souvenir d’enfance pour construire une allégorie dénonçant la banalisation des atteintes à la Constitution, sur fond de polémique autour du passeport déchiré par l’artiste togolaise Noëlie.
Noëlie et le passeport déchiré : l’allégorie du chien « Un Coup KO »
Durant mes années d’enfance, à Mission-Tové, il y avait dans le village un chien surnommé « Un Coup Ko ». Ce canidé mâle, au pelage noir taché de blanc, avait acquis une grande réputation dans le village pour une raison triste. Il était plus facile de trouver à Mission-Tové une vache à six têtes que d’y rencontrer un habitant, homme, femme ou enfant qui n’ait au moins une fois lancé un caillou à ce chien, entre deux éclats de rire, en criant : « Tiens ça, un coup KO ».
L’infortune de ce chien naquit le jour où, dans un cabaret de sodabi du village, son propre propriétaire, la première personne censée le protéger et veiller sur lui, lança, grisé, un caillou contre lui en criant : « Tiens ça, un coup KO ».
L’assemblée rit. Puis un ami du propriétaire ramassa à son tour un caillou et le lança contre le chien. On rit encore plus. Puis un autre ami répéta le rituel. Puis, un passant. Un autre passant. Et, le lendemain, d’autres passants. Et, finalement, tout le village prit l’habitude de lancer un caillou contre « Un Coup KO », sanctifiant ainsi un rituel que son propre propriétaire avait initié.
Un matin, on retrouva « Un Coup KO » raide mort dans une ruelle. Un caillou, trop gros, d’un garnement, lui avait fracassé le crâne. Personne ne le pleura. La banalité du supplice à lui infligé quotidiennement avait fini par tuer tout respect et même toute compassion envers lui. Par la faute de son propre propriétaire.
La constitution est le symbole le plus sacré d’un pays, infiniment au-dessus du passeport. Et quand ceux qui détiennent la responsabilité de la gestion du pays s’amusent à piétiner quotidiennement ce qu’on surnomme « la mère des lois », à l’instar du propriétaire de « Un Coup KO » qui jette un caillou contre son propre chien, ils ouvrent la voie à toutes les dérives possibles contre les symboles du pays.
Oui, un citoyen n’a pas le droit de déchirer son passeport (je ne déchirerai jamais le mien). Mais ceux qui ont prêté serment de garantir à notre pays son respect, sa dignité et sa souveraineté et qui se plaisent à « déchirer » sa constitution au gré de leur humeur, à détourner ses deniers (l’argent public est un symbole plus fort que le passeport) selon leur gloutonnerie, à manquer de respect à ses institutions pour garder le pouvoir, devraient regarder la poutre dans leurs yeux avant de vouloir ôter la paille dans celui de Noëlie.
Ceux qui voudraient aujourd’hui que Noëlie soit châtiée, qu’on l’attache comme Prométhée, qu’on lui ouvre la poitrine et invite l’aigle du Caucase à venir lui manger le foie chaque matin devraient tourner également leurs doigts accusateurs vers ceux qui briment quotidiennement des symboles plus sacrés du pays.
Non, citoyens togolais, ne déchirons pas nos passeports, malgré la rage, la colère et les frustrations. Mais, tout d’abord, ne permettons pas qu’on « déchire » notre constitution, l’âme de notre pays, qu’on détourne l’argent public, le sang de notre pays.
David Kpelly


Voilà nos intellectuels… Dites à votre sœur qu’elle a mal agit… Lui trouver une raison une justification, hors d’elle même, est vain… Personne n’a jamais déchiré une constitution au Togo…