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Togo : Mme Kafui Adjamagbo-Johnson, pourquoi elle ne démissionne pas de l’Assemblée… pour l’instant

Lors d’une conférence de presse tenue ce mardi 29 septembre à Lomé, la députée de la DMP a rendu compte de son action parlementaire. Elle a aussi répondu à ceux qui lui demandent de quitter l’Assemblée depuis l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO.

Démissionner ou continuer de siéger ? La question revient sans cesse depuis que la Cour de justice de la CEDEAO a rendu son arrêt sur la réforme constitutionnelle de 2024. Ce mardi 29 septembre, la députée de la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), Kafui Adjamagbo-Johnson, y a répondu lors d’une conférence de presse de reddition de comptes.

« Nous entendons cette demande »

Selon la députée, la Cour a déclaré anticonstitutionnel le changement de constitution intervenu en 2024, une constitution qu’elle juge rejetée par les Togolais. Elle reconnaît que beaucoup de compatriotes lui demandent désormais de démissionner. « Nous entendons cette demande. Nous la respectons et nous ne l’avons jamais écartée », a-t-elle déclaré.

Mais elle estime qu’une décision politique ne doit pas être guidée par sa seule force symbolique : elle doit aussi être jugée sur son efficacité. « Une démission peut être un acte fort. Mais un acte fort posé au mauvais moment peut aussi devenir un acte sans effet », a-t-elle affirmé. Elle promet que, « le moment venu », et si l’opposition le juge nécessaire d’un commun accord, elle posera cet acte.

Le mandat comme outil

Pour l’élue, le statut de député offre une capacité d’interpellation, un accès aux institutions et un dialogue avec les partenaires du Togo. Elle rappelle que l’opposition ne compte que cinq sièges sur 113 issus des législatives du 29 avril 2024 : deux pour l’ADDI, un pour l’ANC, un pour la DMP et un pour les FDR.

Elle indique avoir saisi la CEDEAO, l’Union africaine, l’ONU, des représentations diplomatiques, des organisations de défense des droits de l’Homme, des institutions financières et des autorités religieuses. Elle a aussi sollicité des parlements étrangers et soutenu la proposition de résolution n° 3111 sur le Togo, portée à l’Assemblée nationale française par une députée écologiste. Les premiers retours laissent, selon elle, présager un soutien massif. En juillet, à Yaoundé, elle a remis des documents aux parlementaires de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

Un bilan législatif contrasté

La députée a également détaillé son travail depuis le début de 2026. Le 7 avril, elle a boycotté l’ouverture de la première session ordinaire, combinée à la conférence des présidents d’assemblées francophones, pour dénoncer les dérives de la 5e République. Elle a préféré assister à la conférence de presse des regroupements porteurs du Manifeste Génération Togo.

En commission, elle dit avoir défendu les préoccupations des associations sur le projet de loi relatif à la liberté d’association, qui n’a finalement pas été programmé en plénière. « Je vous laisse imaginer la raison », a-t-elle glissé. Sur le projet de loi sur l’écosystème d’innovation, elle a porté le débat dans les médias, ce qui aurait contribué au retrait du texte initial par le gouvernement. Sur la loi d’orientation agricole, elle a soulevé les questions du foncier, de l’accès aux marchés et des interdictions de vente qui laissent des paysans avec des stocks invendus.

Elle a voté contre la prolongation de l’état d’urgence, faute de bilan précis, et contre la loi sur les aires protégées, jugeant insuffisantes les garanties d’indemnisation et de relogement des populations riveraines.

Des questions restées sans réponse

La députée dénonce le silence du gouvernement. Selon elle, presque aucune de ses questions orales, d’actualité ou écrites n’a reçu de réponse : Sentinelles du peuple, Laté-Kopé, Office togolais des recettes, détenus politiques, PASH-MUT, « corps habillés à la retraite », hausse du prix du carburant, rapport de la Banque mondiale sur la corruption… Elle y voit un manque de volonté politique du gouvernement, qu’elle qualifie d’« illégitime et désormais illégal », et une Assemblée qui aurait renoncé à sa mission de contrôle.

Elle cite aussi des entraves : un important dispositif policier autour d’une rencontre à Tokoin le 31 janvier, et une délégation reconduite aux limites de la région des Savanes lors d’une mission de contrôle à Dapaong.

Le 3 juillet, les élus de la DMP ont par ailleurs visité des zones sinistrées par les inondations dans le Grand Lomé. Ils y ont constaté des canaux non entretenus, des ouvrages de drainage insuffisants et des habitations détruites, et ont demandé au gouvernement d’agir pour éviter de nouvelles catastrophes.

Deux ans après l’agression de la CDPA

La conférence s’est tenue au siège de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), deux ans jour pour jour après l’agression du 29 septembre 2024 contre le député sénégalais Guy Marius Sagna, les participants à une rencontre citoyenne et des journalistes. Une enquête est censée avoir été ouverte, mais, selon la députée, aucun résultat n’a été rendu public malgré plusieurs relances. Une question orale déposée le 26 janvier 2026 avec les députés de l’ADDI serait elle aussi restée sans suite.

Rendez-vous le 4 octobre

Kafui Adjamagbo-Johnson a appelé le gouvernement à répondre aux questions posées, notamment sur l’agression, l’arrêt de la CEDEAO et la hausse du carburant. Elle a invité les citoyens à se mobiliser autour des mots d’ordre de l’opposition et les a conviés à la rencontre « Devoir de mémoire, devoir d’engagement », organisée par les regroupements porteurs du Manifeste Génération Togo, dimanche 4 octobre à 14 heures, au siège de la CDPA.

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