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Thursday, December 2, 2021
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Le sommet de Montpellier et les (27) dialogues intertogolais : Un curieux dénominateur commun

Nous sommes en Octobre 2021, et il se tient à Montpellier le sommet Afrique-France.

Maintenant projetez-vous en octobre 2048, c’est-à-dire dans 27 ans. Imaginez qu’en octobre 2048 se tient dans une ville de France (par exemple Chamalières) le rendez-vous annuel d’échanges entre un président français et des représentants de la société civile africaine, tous soucieux de tourner la page des scandales qui encombrent leurs relations, de bâtir des relations assainies et sincères, d’être dans une symbiose au nom d’un passé commun, bref d’être dans une relation gagnant-gagnant dans laquelle l’influence de la France ne souffre plus des aléas géopolitiques, et l’Afrique, cette Afrique-là, a enfin le respect qu’elle attend de la France.

Imaginez-vous en octobre 2048 dans le rôle d’un père ou d’un grand père qui avait connu la première édition de ces sommets en 2021 et qui explique à son enfant ou petit-enfant que ce sommet servira à « dépoussiérer » les relations entre la France et ses pays « amis » d’Afrique. Alors votre enfant ou petit-enfant vous demandera qu’est-ce qui a changé depuis 2021 et vous lui répondrez que c’est parce que rien ne change qu’il faut continuer par tenir ce sommet pour qu’enfin, quelque chose change. Vous aurez l’impression de l’avoir convaincu, mais il aura la certitude que vous, papa ou grand-papa, avez besoin de sommeil ou d’une tisane, car on n’a pas besoin de se rencontrer annuellement 27 fois pour modifier une relation qui désavantage toujours une partie. Si ce type de rencontres se tient, c’est que quelqu’un est nécessairement le dindon de la farce et ne le sait pas ou ne veut pas le savoir et en tirer les conséquences. 

Les Africains qui pensent que ce scenario est improbable doivent réfléchir à deux fois. Mieux, ils doivent demander aux Togolais si cela est envisageable. Question à laquelle les Togolais, du moins les plus honnêtes, répondront : oui c’est possible que l’Afrique se fasse mener en bateau par la France pendant 27 sommets annuels. « Élé possible », comme on dit à Lomé.

Pourquoi demander l’avis des Togolais? Parce que la relation entre la France et l’Afrique est le même type de relation que le régime militaire togolais entretient avec toutes les autres forces politiques et citoyennes du pays, bref avec l’ensemble du peuple togolais : c’est une relation de prédation dans laquelle le prédateur ne fera rien pour signer la fin de la prédation, c’est-à-dire pour signer sa mort. Tous les actes que pose le prédateur, représenté ici par la France, visent à conserver son rôle de prédateur, pas à remettre en cause ou à mettre fin à ce rôle. Le prédateur peut certes chercher à enjoliver la prédation, à atténuer la douleur créée par la prédation, mais ce n’est pas pour enterrer la prédation, car fondamentalement, il ne peut renoncer à être le prédateur. La France est dans ce rôle depuis près ou plus de 5 siècles, 500 longues années.

Les Togolais qui sont passés par 27 dialogues politiques initiés par le régime militaire prédateur qui régente leur pays depuis 58 ans en savent quelque chose : dans une relation de prédation, une relation dans laquelle le prédateur tient le haut du pavé, toute confrontation ou échange d’idées, ou tout « dialogue » que le prédateur initie vise à augmenter son capital affectif, à améliorer son image et à renforcer sa mainmise ; rien que ça. L’opération de charme du prédateur ne peut en aucun cas mettre en danger sa prédation.

Le véritable changement de la relation ne viendra pas d’une application aussi minimale soit-elle des recommandations des sommets annuels Afrique-France ; la relation changera lorsque la partie désavantagée dans la relation de prédation se décide à ne plus attendre du prédateur la compassion, la sincérité, et tous les concepts moraux dont sont dépourvues les relations entre États, entre nations.

Les Togolais ne sont pas arrivés à 27 dialogues/sommets infructueux avec leur régime militaire par hasard ; c’est parce que le régime militaire, dans son rôle de prédateur, sait pertinemment que chaque fois qu’il promet de changer, nombre de ses victimes croiront en sa bonne foi et répondront présents à son appel à discuter, à échanger, à dialoguer. Ceux qui ne croient pas en cette bonne foi vilipendent ceux qui y croient et vice-versa, si bien que le débat passionné et parfois violent entre victimes se focalisera sur leur attitude vis-à-vis de la prédation, plutôt que sur les moyens concertés de mettre fin à la prédation. Une fois encore, les Africains doivent demander aux Togolais et ils seront édifiés.

Pour finir, voici mon avis personnel : le « diviser pour régner » a toujours été au cœur de la conquête et de la conservation du pouvoir, de l’influence sur les autres, de la capacité à imposer sa volonté aux autres. Et cela a toujours marché. Le président Français n’a pas invité autant d’Africains (plus d’un millier) pour venir lui dire ce qu’il sait déjà grâce aux rapports parlementaires, des rapports d’experts, des services de renseignements, etc. ; il ne les a pas invités parce que leurs dirigeants ne sont « plus crédibles » comme certains analystes le soutiennent dans les médias.

Macron les a invités parce qu’en faisant d’eux ses interlocuteurs privilégiés – ou alternatifs – il divise le front de l’adversaire et rend difficile, voire impossible l’union de dirigeants et des sociétés civiles africaines contre la prédation de la France. Comme je l’ai dit, demandez aux Togolais : lorsque le prédateur privilégie un acteur parmi ses victimes, ce n’est pas une sincère préférence, mais plutôt un calcul pour diviser et dominer les adversaires.

Puisque le président français Macron aime à répéter que « tout dépend des Africains », ç’aurait été une innovation qu’un tel sommet, regroupant dirigeants et sociétés civiles africaines soit initié par un président africain, mais aucun ne l’a fait. Pourquoi ? Parce que la relation de prédation qui existe entre la France et les pays africains inhibe tout esprit d’innovation des victimes qui sont toujours en mode survie vis-à-vis du prédateur. Et surtout parce que dans ce cas-là, le prédateur perdra la main, et ça, aucune victime de la prédation n’est prête à en payer le prix.

Si vous trouvez que le sommet de Montpellier est à applaudir, considérez cela comme le bonbon du médecin. Alors asseyez-vous et posez-vous la question : la piqûre qui vient après, ce sera comment ? Car la piqûre vient, chers Africains. Tous les prédateurs agissent toujours ainsi.

A. Ben Yaya

New York, le 11 octobre 2021

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