Togo-« C’est leurs frères Éwé qui les ont fait arrêter », retour sur la tribalisation des arrestations politiques

« Mon frère, le vieux (Eyadema) n’y est pour rien. C’est son propre frère Agbeyomé qui l’a fait enfermer. C’est entre eux ». Réaction d’un partisan du régime suite à l’arrestation de Me Agboyibor en 2001.

Ainsi donc, selon la machine à propagande du régime militaire togolais, l’arrestation des journalistes Ferdinand Ayité et Joël Egah ainsi que la mise sous contrôle judiciaire de leur confrère Isidore Kouwonou n’est pas à mettre à l’actif de la répression politique qui frappe le Togo. Elle serait juste la manifestation d’une rivalité interne entre les élites Éwé, les ministres plaignants Agbetomey et Adedze ainsi que les journalistes incriminés étant tous issus du groupe ethnique Éwé.

La banalisation de ce fait grave de violation des droits humains est une manœuvre très classique par laquelle la tête du régime a réussi à se dédouaner à plusieurs reprises dans notre histoire. Telle que présentée, l’arrestation des journalistes disculpe en premier lieu le principal bénéficiaire de la dictature togolaise, le chef de l’État (qui n’est pas Éwé, ou pas entièrement), et place l’entière responsabilité sur les Éwé 100% de son entourage. Le régime n’en est pas à son premier coup. 

Cela rappelle la triste affaire de l’arrestation de Me Agboyibor en 2001 – 2002. 

Les propos repris en début de cette analyse datent de 2002. Il s’agit des propos d’un partisan du régime, s’adressant à une de ses connaissances. Je partageais la voiture de transport public avec les deux, dans un long trajet qui devait nous conduire de Lomé vers l’intérieur du pays. L’auteur des propos semblait être un militaire (pas en treillis) puisque à chaque poste de contrôle, il descendait de la voiture, se mettait au garde à vous devant les gendarmes contrôleurs, murmurait quelques paroles avant de jeter « on y va » au conducteur de la voiture. Le conducteur lui ne bougeait pas de son siège. 

La personne « enfermée » dont il était question, c’était Maître Yaovi Agboyibor, avocat de renom, face la plus connue de la lutte pour la démocratisation au Togo, fondateur et président du parti CAR, l’homme que les Togolais viennent de raccompagner à sa dernière demeure il y a quelques jours. 

En ce jour de 2002, le regretté Agboyibor croupissait en prison depuis des mois pour avoir soutenu que la responsabilité de l’assassinat de ses partisans dans le Yoto incombait aux miliciens parrainés par un autre politicien du Yoto. Alors que pleuvaient les condamnations internes et externes contre le régime, la machine à propagande du régime tournait à plein pour disculper le chef de l’État, « le vieux » général Eyadéma, et faire endosser toute la responsabilité à son très dévoué (ou plutôt zélé) premier ministre d’alors, le sieur Agbéyomé Kodjo. Le général était de l’ethnie Kabyè, Agboyibor et Agbeyomé sont de l’ethnie Ouatchi, une composante du peuple Ewé, et tous deux ressortissants de la préfecture de Yoto.

La plainte, pour diffamation suite à laquelle Agboyibor fut arrêté, était certes venue du premier ministre Agbéyomé. Mais l’arrestation d’un poids lourd comme Agboyibor dans le système politique togolais ne pouvait pas se faire sur une simple plainte de son frère Ouatchi; il aurait fallu l’accord voir la bénédiction de la tête du régime, c’est-à-dire le général Eyadéma. Mais face aux conséquences négatives créés par cette détention, le « laboratoire bleu » ou les conseillers en communication du régime entreprirent de réduire une affaire d’État à une simple rivalité tribale, une rivalité de personne, voire même une rivalité entre deux localités de la même préfecture: la localité de Kouvé d’où Me Agboyibor est originaire, et Tokpli, la localité d’origine de Agbeyomé. 

Quoique tout Togolais doté d’une intelligence sait que dans notre dictature toutes les arrestations des individus « gênants » tels que les politiciens, les journalistes et les activistes politiques ne peuvent qu’être autorisées par le détenteur de l’autorité suprême, l’efficacité de cette manœuvre de banalisation des arrestations politiques ne fait pas de doute, surtout parmi ceux qui pensent encore que le régime est capable du bon sens: elle permet de désensibiliser les esprits faibles vis-à-vis des violations flagrantes des droits de l’homme au Togo et de faire passer le chef pour un saint, voire une victime des abus de pouvoir de ses proches. Une fois le coupable désigné parmi « les frères » mêmes de la victime, le véritable commanditaire peut avoir l’esprit tranquille. 

Dans le cas de Ferdinand Ayité et Joël Egah, il se murmure que la personne qui est véritablement à l’origine des plaintes et donc des arrestations n’est nullement un ministre ou membre du gouvernement. Mais en acceptant servir un régime aussi futé que vil, les deux ministres faire-valoir ont depuis le départ accepté de servir toutes les têtes, visibles et invisibles, de la pieuvre qui régente le Togo. Tel qu’on fait son lit, on se couche, dit l’adage.

Le laboratoire bleu peut une fois de plus se féliciter d’avoir détourné le débat vers les bisbilles fratricides intra-ethniques. Au grand malheur de la nation…comme toujours. 

A. Ben Yaya 
New York, le 18 décembre 2021

8 thoughts on “Togo-« C’est leurs frères Éwé qui les ont fait arrêter », retour sur la tribalisation des arrestations politiques

  1. Quand j ouvre ma bouche tout le monde se jette contre moi la triste réalité du pays et si tu vois la guerre et les injures entre eux après l élection 2020 cela te dira qu avec eux le Togo sera invivable hééé Dieu le père tout puissant tu connais mieux que quiconque.Je m arrête là et attendre les gueulards ,on les reconnaît que par leur bouche.Mes frères j ai vu une image sur les réseaux sociaux qui m a fait rire 🤣 .J ai vu un vieux quelque part en Europe qui marchait dans la neige avec sa cane et de l autre côté j entendais une femme qui versait les larmes de crocodile.Voilà le show que ces mrs nous présente.La magouille d un vieux qui s est lui même privé de liberté.Qu il reste là bas .Des comédiens comme ça

    1. il faut préciser que: “c’est leurs frères ewe de la Kozah Nostra, la mafia pilleuse satanique diabolique maléfique et sadique des man.geurs de chi.en dirigée par les analphabètes Gnassingbe qui les ont fait emprisonner”. !!!

      1. Relis bien le sujet.c est vous le grand danger du pays.Si nous sommes arrivés là où nous sommes aujourd’hui c est à cause de vous surtout de votre ventre mon frère et cela continue.Revoir la liste de vos parents qui ont travaillé avec la famille Gnassingbé de mr Ayité Gachin jusqu’au nos jours en passant par Agbeyomé et fait aussi la comparaison avec le nombre des nordistes qui eux aussi ont travaillé avec cette même famille de mon oncle Barnabo Nangbam en passant par yark ,on ne fait même pas la moitié.Continuer à faire la bouche yayayayay en fermant vos yeux.Comme Eyadema lui même l a si bien dit je cite Ne pensez pas qu il n y a pas d arbitre,il y a bien sûr un et c est lui qui connaît tout et qui dirige tout et l histoire va tout témoigner.Nous sommes là et on vous regarde

      2. Tu as 100% raison. Pire, les 2 ministres Éwe se disent pasteurs. Pius, Victoire Dogbé et Adédzé sont des criminels de la secte satanique Rpt_Nuire.

    2. Les Ewés sont foncièrement mauvais et méchants entre eux. C’est comme ça.
      Dans cet article, admettons que le régime en place s’est servi des deux Ewé. La question est de savoir s’il les a forcés?
      Ce peuple jadis solide, courageux et noble a perdu toute notoriété et cette situation vient premièrement de sa composante Mina et Guin.

  2. Le régime de Faure est a l’agonie. On arrête tout ce qui bouge.

    Je voudrait qu’on m’explique si Kpatcha Gnassigné et tous les militants PNP arrêtés sont tous Éwé.

    Ca sent la fin d’une dictature.

  3. CE N’EST PAS SERIEUX/SAIN LA FACON OU VOUS TOURNEZ CETTE AFFAIRE… CE N’EST PAS UNE QUESTION D’ETHNIE… C’EST UNE QUESTION D’INDIVIDU QUI A OFFENSE SON PROCHAIN QUI S’EST PLAINT. CIRCULEZ… IL N’Y RIEN A VOIR SUR LA VOIE DE LA TRIBALISATION DE L’EVENEMENT.

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