Dans cette tribune libre, l’essayiste Ayayi Togoata Apédo-Amah dénonce le choix des chefs d’État africains de passer leurs vacances – et de se faire soigner – en Europe plutôt que dans leur propre pays ou ailleurs sur le continent. Un comportement qu’il analyse comme le symptôme d’une aliénation mentale persistante, en contradiction avec les discours officiels sur la promotion du tourisme africain, et qu’il observe, non sans ironie, jusque dans les rangs des oppositions qui prétendent incarner le changement.
LE TOURISME PRÉSIDENTIEL DES CHEFS D’ÉTAT AFRICAINS, EN EUROPE, EST UN SABOTAGE DE LEURS POLITIQUES TOURISTIQUES
En cette période d’été propice aux vacances en Europe, les médias nous informent de la présence de plusieurs chefs d’État africains en Europe pour y passer des vacances. Certes, le repos est une chose normale après une période d’intenses labeurs, mais la plupart de ces présidents ne cherchent pas à valoriser le tourisme dans leur propre pays et dans les autres pays africains. Et d’ailleurs, méritent-ils tous des vacances, quand on voit l’état désastreux de la gouvernance de certains d’entre eux ?
Il y a là un phénomène d’aliénation et de décolonisation mentale à l’œuvre. Les francophones se ruent en France, les anglophones en Grande-Bretagne et les lusophones au Portugal. Il y a lieu de s’interroger : quels intérêts ont-ils dans leurs anciennes colonies pour dédaigner les pays africains comme lieux de villégiature ?
C’est donc dire que tout le tapage médiatique et les milliards dépensés pour attirer les touristes chez-soi est un bluff. Si le président, qui est censé donner l’exemple, est un contre-exemple, eh bien, tous ses compatriotes fortunés l’imiteront en allant en vacances en Europe et non dans les sites proclamés touristiques chez eux. Quelle incohérence ! N’y a-t-il pas, dans leurs cabinets, un seul conseiller capable de les rappeler à l’ordre ?
Quand donc allons-nous être informés que des présidents africains vont en vacances en Afrique ou dans une contrée de leur propre pays ?
Comment peut-on prétendre que chez-soi est un paradis touristique sur les affiches publicitaires pendant que, dans les faits, on méprise ce chez-soi comme indigne de vacances présidentielles ?
Il en va de même pour les soins de santé. La plupart des chefs d’État vont se faire soigner en Occident, signifiant de la sorte que nos hôpitaux africains sont des mouroirs indignes d’eux, de leurs épouses, de leurs rejetons et de leurs ribambelles de maîtresses. Un grand désaveu injuste de nos corps médicaux. Combien sont-ils ceux qui sont morts dans des hôpitaux en Occident, loin de leurs terres natales ? Non seulement c’est honteux, mais encore c’est une forme indirecte d’aveu irresponsable. Le plus curieux dans tout ça, c’est que de nombreux leaders politiques des oppositions africaines, ne connaissent que l’Europe et les États-Unis d’Amérique pour les vacances, les soins de santé et la scolarisation de leurs enfants, à l’image des chefs d’État qu’ils prétendent combattre pour libérer leurs pays. Quand ils deviendront présidents, vous imaginez ce qu’ils feront en matière de villégiature !
La décolonisation des esprits est une tâche prioritaire et capitale qui doit accompagner la lutte de libération. Sans elle, nous continuerons bêtement à tourner en rond sur place comme une nuée de moucherons.
Ayayi Togoata APÉDO-AMAH

