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Edito- La jeunesse africaine vent debout: Les méandres d’une scission pérenne

À en croire les médias mainstreams européens, les Africains sont ingrats car ils refusent de prendre position en faveur de l’Occident, donc de l’Ukraine contre la Russie.

Nos partenaires occidentaux dans leurs élans légendaires de paternalistes font semblant de ne pas nous comprendre. Ils se demandent pourquoi les Africains ne soutiennent-ils pas le monde libre, le monde dit des lumières et de facto des démocraties contre le régime totalitaire qu’incarne Poutine.

Nos partenaires feignent ne pas comprendre les nouvelles donnes alors même que la classe politique européenne est composée d’élites issues des meilleures écoles d’administrations et de sciences politiques. Il me semble ici indispensable de relever les points essentiels qui motivent nos prises de positions.

La liberté dont les Occidentaux se réclament d’être les bons apôtres n’est que l’apanage de l’homme Blanc occidental. Ainsi, chaque fois qu’une élite africaine éclairée, réveillant les consciences, arrive au pouvoir, le même Occident se trouve une raison fallacieuse d’en éliminer le leader avec la complicité des collabos africains.

Lorsque le peuple affable, fatigué de croupir sous les jougs d’un régime impopulaire, se rebelle,  c’est encore cet Occident qui, grâce à ses bases militaires disséminées un peu partout sur le continent tel un cheval de Troie, intervient au nom des accords militaires hypothéqués pour rétablir l’ordre qui lui soit favorable. Ce même Occident s’abstient d’intervenir lorsqu’il souhaite la fin d’un régime indésirable, en arguant cette fois qu’il s’agit d’une “affaire interne”.

Une autre rubrique concerne les exploitations des matières premières. Dans la plupart des cas,  nos Etats ne perçoivent que des dividendes dérisoires qui ne profitent pas à nos populations.

FMI, Banque Mondiale ou autres institutions dites internationales se comportant en vampire, sont souvent à la fois, partie prenante et juge. Bref, ces institutions de Bretton Woods octroient des crédits et désignent les exécutants. En clair les pays africains s’endettent souvent sans même voir la couleur de l’argent.

Pour ce qui est de la coopération militaire, c’est un secret de polichinelle, ce sont de vieux matériels militaires dont certains ont atteint un niveau de corrosion avancé ou presqu’en fin de vie, qui nous sont vendus à des prix parfois supérieurs aux coûts de recyclage ou de destruction. Ces matériels sont ensuite stockés dans les casernes, servant au mieux aux  parades militaires au cours des fameux défilés d’indépendances ou représentant simplement le  souvenir d’un passé mortifère. Le comble, le vendeur se frotte les mains et peut alors s’acheter ou investir dans les arsenaux de dernière génération, et le cycle continu.

Revenant à notre sujet, pourquoi au juste nos partenaires veulent-t-ils nous forcer à prendre position, à nous aligner sur leurs positions tout comme si nous étions incapables de faire preuve de discernement ? Oublient-ils que le temps a changé ? Aujourd’hui, la jeunesse africaine dénonce cette infantilisation, signe d’une véritable condescendance.

Nous attendons des donneurs éternels de leçons non seulement une attitude d’exemplarité, mais surtout l’arrêt du double langage qui fait d’eux à la fois des pyromanes et pompiers.

La jeunesse a également l’impression que les pauvres populations africaines sont souvent  sacrifiées sur l’autel des matières premières; pourvu que nos partenaires arrivent à se faire garantir l’approvisionnement des ressources à bon prix.

La démocratie dont on nous vante tant les mérites est de fait basée sur des économies de marché, le cercle infernal et ininterrompu des matières premières, de la transformation des produits et des débouchés. A cette liste s’ajoute bien évidemment la vente des services qui sont assurés par les cols blancs. Ces cols blancs sont payés sur le standard de leurs pays de provenance bien que les activités soient exercées chez nous. La plupart de ces cols blancs œuvrent par tous les moyens afin de garantir la dépendance de nos pauvres pays déjà exsangue financièrement à cause des coupes budgétaires drastiques et la mauvaise gouvernance.

Qu’est ce qui est en train de changer de nos jours ?

Nos partenaires tendent à perdre bon gré mal gré le monopole de l’information bien qu’ils réussissent toujours à nous vendre encore tant soit peu leur “bonne guerre”, leurs “valeurs”.

Suite à la prolifération de l’internet et des réseaux sociaux, l’information circulent à la vitesse du son. Tout se sait et tout se dit, les langues jadis nouées se délient. Cependant nous autres  Africains, devrons arriver à faire le discernement en démêlant le vrai du faux, car il faut souligner que l’infobésité contribue intrinsèquement à la création de nouveaux riches qui n’ont aucun scrupule à produire de “fake news” ,pourvu que cela génère d’innombrables vues et par conséquence de l’argent.

Nous ne sommes plus dupes, il est clair que les Africains de 2023 ne sont plus ceux de la guerre froide, qui ont peur d’exprimer leurs propres opinions et de les défendre.

Nos dirigeants sont devenus plus ambitieux et audacieux en votant contre des résolutions à l’ONU ou en s’y abstenant. Certains vont jusqu’à remettre en cause les accords de défenses et négocient sans contrainte de nouveaux accords avec d’autres puissances planétaires.

Le monde a changé et les Africains doivent se débarrasser de tout complexe.

Que les donneurs de leçons en tiennent désormais compte.

Festus Tamakloe

Munich 17 août 2022

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