« Vers une démocratie enracinée : au-delà de la limitation des mandats, l’appel à l’africanité des Constitutions »

Dans le tourbillon des événements qui secouent notre continent africain, la question de la limitation des mandats présidentiels surgit avec acuité, interrogeant les fondements mêmes de nos démocraties naissantes. L’annonce du report des élections présidentielles au Sénégal, initialement prévues le 25 février 2024, a enflammé les esprits et embrasé les rues, révélant une fois de plus la fragilité de l’édifice démocratique sur lequel nous prétendons bâtir notre avenir.

Ce n’est point un secret que le Sénégal, ainsi que d’autres nations de notre vaste continent, se trouvent à la croisée des chemins, où la quête de stabilité politique et de progrès social se heurtent aux écueils des ambitions personnelles et aux mirages d’un modèle démocratique importé, dont la limitation des mandats est souvent présentée comme une panacée. Or, à y regarder de plus près, cette prescription semble davantage relever du leurre que de la solution, une manipulation subtile qui, loin de garantir la stabilité, ne fait qu’exacerber les tensions.

Il apparaît, avec une évidence de plus en plus criante et certaine, que la transplantation aveugle des modèles politiques occidentaux sur le continent africain ne saurait être la clef de voûte de notre édification démocratique. La diversité de nos cultures, l’unicité de nos histoires, la richesse de nos traditions appellent à une réflexion profonde sur la constitution de nos États, une réflexion qui puise dans le réservoir de nos propres valeurs et aspirations.

Il est temps, mes frères et sœurs d’Afrique, de reconnaître que la limitation des mandats, si elle peut participer à la prévention des abus de pouvoir, ne constitue pas en soi la garantie d’une démocratie saine et épanouie. Le problème de fond réside dans la nature même de nos institutions, dans la conception de notre vie politique et sociale, qui doit émerger de notre propre sève et non d’une greffe étrangère.

Face au tumulte sénégalais, une réflexion s’impose : n’est-il pas venu le temps de repenser nos Constitutions, de les défaire des chaînes de l’imitation pour les ancrer fermement dans le sol de nos réalités ? L’heure est à l’audace créatrice, à l’invention de formes politiques qui, tout en s’inscrivant dans la modernité, ne renient pas l’héritage de nos ancêtres.

Les récentes vagues de modifications constitutionnelles, bien qu’elles puissent susciter des craintes, offrent également une opportunité sans précédent de réappropriation de notre destin politique. Que ces efforts ne soient pas vains, qu’ils conduisent à l’émergence de Constitutions réellement africaines, reflets fidèles de nos valeurs, de nos rêves et de nos ambitions.

En définitive, la question de la limitation des mandats présidentiels, bien qu’importante, ne saurait se suffire à elle-même comme garantie d’une démocratie mature et équilibrée dans nos pays africains. Elle ne représente qu’un aspect, certes non négligeable, de la vaste entreprise de construction démocratique à laquelle nous sommes conviés. Cette entreprise, pour être couronnée de succès, exige de nous une introspection profonde et un engagement renouvelé à façonner des institutions politiques qui soient le véritable reflet de nos sociétés, dans toute leur diversité et complexité.

Il est impérieux de reconnaître que la stabilité et la prospérité de nos nations ne sauraient être atteintes par la seule imitation des modèles extérieurs. Les démocraties occidentales, avec leurs propres mérites et défauts, ont évolué dans des contextes historiques et culturels spécifiques qui diffèrent grandement des nôtres. Tenter de calquer leurs solutions sur nos problématiques, sans adaptation ni réflexion critique, reviendrait à ignorer la richesse de notre patrimoine et la spécificité de nos défis.

L’heure est donc à la réinvention d’une démocratie africaine, ancrée dans les valeurs de solidarité, de respect mutuel, de justice et d’équité qui ont guidé nos communautés à travers les âges. Cette démocratie africaine de demain devra être inclusive, permettant à chaque voix de se faire entendre, à chaque citoyen de participer pleinement à la vie politique, économique et sociale de son pays. Elle devra être résiliente, capable de s’adapter aux changements et de faire face aux crises sans perdre de vue les principes de liberté et de dignité humaine.

Finalement, repenser nos Constitutions dans cet esprit d’authenticité et d’innovation constitue une étape cruciale vers l’affirmation de notre souveraineté démocratique. Cela implique un dialogue national inclusif, où toutes les composantes de la société peuvent contribuer à la formulation d’un projet politique commun. Ce processus, loin d’être un simple exercice de rédaction juridique, doit être envisagé comme un moment fondateur, une occasion de redéfinir notre identité collective et de tracer les contours d’un avenir partagé.

Dans cette quête d’une démocratie véritablement africaine, rappelons-nous que les plus grandes œuvres sont celles bâties sur les fondations les plus solides. Notre fondation, c’est notre africanité, dans sa splendide diversité et son profond sens de la communauté. Enracinons nos démocraties dans cette terre fertile, et nous verrons s’épanouir des sociétés justes, prospères et véritablement démocratiques, où la limitation des mandats ne sera plus vue comme une fin en soi, mais comme un des multiples moyens d’assurer la bonne gouvernance et le respect du pouvoir au service du peuple.

Ainsi, l’appel à l’africanité de nos Constitutions n’est pas un repli sur soi, mais une invitation à puiser dans notre riche héritage pour édifier des démocraties robustes, adaptées à nos réalités et aspirant à l’universel. C’est dans cette direction que nous devons avancer, avec courage et détermination, pour bâtir des nations africaines fortes, unies et résolument tournées vers l’avenir.

Jean Koffis

0 thoughts on “« Vers une démocratie enracinée : au-delà de la limitation des mandats, l’appel à l’africanité des Constitutions »

  1. Je me demande ce qu’il y a dans nos réalités et cultures africaines qui soit contradictoire avec la limitation des mandats présidentiels? Nous autres Africains devrions aussi poser les problèmes de façon claire et précise afin de pouvoir les résoudre de façon appropriée. A mon avis le non-respect des mandats présidentiels en Afrique tient du fait que les présidents en exercice s’accrochent au pouvoir pour éviter d’être poursuivis après leur départ pour les crimes de tous genres impunément commis contre les pauvres populations pendant leur mandature, rien d’autre. Cela n’a rien à avoir avec nos cultures et valeurs africaines. La démocratie est universelle et se résume au pouvoir du peuple par le peuple et au respect des libertés individuelles des populations.

    1. Vous avez en partie raison mais il faut également contextualiser une action dans un environnement. Dire que les dirigeants africains s’obstinent à rester au pouvoir parcequ’ils craignent des poursuites, c’est un peu court.
      La réalité, c’est que souvent c’est une rente pour un groupe organisé dans un environnement d’improductivité “peu” de ressources réelles pour la population à ne pas confondre aux potentiels qui sont énormes non activées. Celà passe par une labeur et la valorisation du TRAVAIL effectif avec des résultats jaillissant sur tous les secteurs économiques et au delà, l’épanouissement de tout un chacun.

      Votre réflexion sur une conception universelle de la démocratie touche en réalité l’émancipation d’une personne… idée abordée par des philosophes et même en sciences politiques: le marché économique et le collectivisme, la lutte des classes.

      Merci pour votre réflexion !

  2. La limitation des mandats n’est pas chose des Blancs seuls .
    Limitons les mandats pour que les autres familles , ethnies et autres personnes avec differentes idees , mentalites, intelligences dirigent aussi nos pays africains . C’est comme cela que nos pays vont developper .
    Le monde change, changeons et oublions les chefferies africaines a vie .

    LIMITONS LES MANDATS ET ARRETONS DE CHANGER LES CONSTITUTIONS COMME NOUS LE VOULONS .
    LES NOIRS ONT LES MEMES INTELLIGENCES QUES LES AUTRES .
    CESSONS DE NOUS TROMPER AVEC LE MOT AFRICAINS , AFRICAINS , AFRICAINS , … le reste c’est la nouvelle manipulations des consciences .

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