Arrivés au sommet par une vague populaire sans précédent, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko découvrent peu à peu que conquérir le pouvoir est une chose, gouverner en est une autre. Dans un Sénégal où la fin de règne de Macky Sall a davantage été consacrée aux débats politiques qu’aux réponses concrètes aux urgences sociales, les attentes sont immenses.
Mais face à celles-ci se dressent désormais les contraintes économiques et la pression politique. Le tandem sénégalais entre ainsi dans le temps des réalités.
« Sonko moyi Diomaye, Diomaye moyi Sonko ».
Comprenez : Sonko, c’est Diomaye et Diomaye, c’est Sonko. Ce slogan, qui a porté le tandem aujourd’hui à la tête du Sénégal, ne semble plus résonner désormais que dans l’esprit de quelques irréductibles. Car depuis, le terrain paraît avoir clarifié les choses : le président n’est pas le Premier ministre, et réciproquement.
Une fois installé dans le fauteuil présidentiel, Bassirou Diomaye Faye est devenu le chef de l’État dans toute la dimension institutionnelle du terme. Garant de la stabilité du pays, il est désormais tenu de composer avec les contraintes diplomatiques, économiques et sécuritaires qu’impose l’exercice du pouvoir.
Face à lui, Ousmane Sonko conserve son rôle de tribun populaire et de principal moteur politique du projet Pastef. Une posture qui continue de séduire une partie de la jeunesse et de la base militante. Mais cette dualité, qui faisait la force du duo dans l’opposition, devient progressivement plus délicate à gérer au sommet de l’État.
Pendant ce temps, plusieurs signaux commencent à nourrir les interrogations : une certaine lenteur dans les changements promis, des attentes sociales très fortes autour du coût de la vie et de l’emploi, certaines sorties médiatiques jugées dissonantes, ou encore le risque d’un partage du pouvoir mal défini entre la présidence et la primature. À cela s’ajoute la pression d’une base militante impatiente de voir les résultats concrets de la rupture annoncée.
Le bateau, confronté à une mer de plus en plus agitée, semble commencer à prendre de l’eau pendant que le linge sale s’invite sur la place publique. Si le tandem parvient à résister à la tempête annoncée ce 9 mai, alors il deviendra peut-être la preuve rare qu’un navire peut, malgré tout, avancer avec deux capitaines à son bord.
Innocent Pato
