Ce qui se passe au Togo depuis plus d´un demi-siècle, sur le plan de la gouvernance politique, de père en fils, n´a absolument rien à voir avec une quelconque administration du pays, comme c´est le cas dans des états normaux, pour le bien et le bonheur des citoyens. Nous avons ici affaire à un régime Gnassingbé qui n´est pas là pour la recherche ou l´amélioration du bien-être des Togolais. Et ce ne sont pas les actes posés, que ce fût au temps du père Éyadéma, ou du fils Faure aujourd´hui, qui pourraient faire affirmer le contraire.
Au Togo, on a l´impression que, plus le rejet de la part de la classe politique de l´opposition, du peuple et de la société civile, du pouvoir de Faure Gnassingbé est grand, plus tenace est son involonté à mettre de l´eau dans son vin et à accéder au désir de ses compatriotes, à savoir, la démocratisation du pays, comme cela se passe dans notre voisinage immédiat. Et c´est connu que tout dirigeant qui abhorre la démocratie et l´alternance au sommet de l´état, et qui ne rêve que de son maintien éternel au pouvoir, s´érige en dictateur, recourt à la force brute et fait de ses concitoyens qui ne sont pas de son avis, des ennemis à abattre. Et des «ennemis à abattre», dans l´entendement de Faure Gnassingbé, constituent la grande majorité de la population togolaise. C´est pourquoi le point fort aujourd´hui à l´agenda de la gouvernance politique de Faure Gnassingbé est la jouissance enfantine, presque maladive du pouvoir politique, sans avoir la volonté ou la compétence nécessaire de se soumettre aux devoirs que supposent de telles hautes responsabilités au sommet de l´état.
Et la célébration de la fête traditionnelle des Évalas en pays kabyè fut, une fois encore, l´occasion de faire le one-man-show en jouant à la star qui n´aurait de comptes à rendre à personne, entouré d´un aéropage de béni-oui-oui corrompus, hommes et femmes de toutes origines ethniques, ayant perdu le sens de l´honneur, de la dignité, et ayant surtout juré la perte de leur propre peuple. Et pour jouir pleinement de son «jouet Togo», malgré la misère de millions de Togolais qui peinent à se loger et à se nourrir convenablement, les inutiles et extravagantes dépenses importent peu à Faure Gnassingbé. À cet effet, le trihebdomadaire „Liberté“ N° 4103 du 21 juillet dernier, sous la plume de Egbaou Michel, n´y est pas allé de main morte pour dénoncer le comportement irresponsable du dictateur togolais: «…Les estimations budgétaires révèlent des dépenses collossales, notamment liées aux déplacements présidentiels et institutionnels. La location d´un hélicoptère comme le HB ZUP, mobilisé sur plusieurs jours, peut à elle seule engloutir des centaines de millions de francs CFA… Ce contraste illustre fort bien le paradoxe togolais. D´une part, la volonté de préserver une tradition ancestrale et d´affirmer la puissance de l´État à travers des cérémonies spectaculaires. Et de l´autre, la réalité sociale d´une pauvreté persistante, d´infrastructures défaillantes et de besoins essentiels non satisfaits…» Les Togolais naïfs ou de mauvaise foi qui espèrent encore quelque chose de positif de la gouvernance de Faure Gnassingbé, pourraient attendre plusieurs décennies encore et rien ne se passera. Ce qui est sûr, s´il n´est pas arrêté dans sa course folle et que le chaos actuel suit son cours, le fils à Gnassingbé Éyadéma poursuivra la stratégie de la terreur qui lui permet de réprimer tout Togolais et toute Togolaise qui essaie par ses actions, de le contrarier dans son rêve d´un pouvoir absolu et à vie.
Rappelons que pendant que la java se déroulait autour du prince intouchable dans la Kozah, plusieurs dizaines de prisonniers politiques croupissent; depuis plusieurs années, pour beaucoup d´entre eux. Les plus emblématiques sont: Kpatcha Gnassingbé, mis à l´écart par son demi-frère Faure Gnassingbé qui voulait avoir les mains libres et gérer à lui seul le patrimoine à eux laissé par leur dictateur de père. Malgré son état de santé, malgré les nombreux appels des organisations nationales, comme internationales, des droits humains pour sa libération, Faure Gnassingbé reste droit dans ses bottes et le laisse moisir. Jean-Paul Omolou était un activiste togolais installé en Suisse qui, par ses sorties sur les réseaux sociaux dénonçait la mauvaise gouvernance du régime Gnassingbé et appelait à un changement et à la démocratisation du pays, comme le font beaucoup de Togolais. En séjour au pays, il fut kidnappé le 4 novembre 2021 et est incarcéré depuis lors au tristement célébre SCRIC (Service Central de Recherches et d´Investigations Criminelles). Les dernières nouvelles le disent très affaibli et malade. Quant à Marguérite Gnakadé, arrêtée ou plutôt kidnappée à son domicile le matin du 17 septembre 2025 et accusée de « trouble aggravé à l’ordre public, appel au soulèvement populaire, incitation de l’armée à la révolte, association de malfaiteurs, financement de terrorisme et atteinte à la sûreté nationale », détenue dans des conditions indignes dans un lieu non conventionnel, un régime spécial lui est appliqué.
En subissant un tel traitement spécial, est-elle entrain de payer, en tant qu´intime de Faure Gnassingbé et originaire de l´ethnie Kabyè, pour sa « trahison » pour avoir dénoncé la gouvernance du régime togolais et réclamer un changement au sommet de l´état? Gnakadé, comme beaucoup d´infortunés, semble aujourd´hui être livrée à son sort sans que personne ne lève le petit doigt autour du maître des lieux, Faure Gnassingbé, qui, décidément a le droit de vie et de mort sur ses concitoyens. N´a-t-il pas refusé que 13 prisonniers politiques, libérés par un arrêt de la chambre d´instruction de la Cour d´Appel de Lomé, le 18 février 2026, sortent de prison? Pour le moment, les Evalas ont pris fin, rendez-vous pour la prochaine bamboula et les nouveaux gaspillages pour les plaisirs du prince et de ses nombreux courtisans dans la Kozah en 2027, pendant que les priorités d´autres dirigeants africains sont plus axées sur l´unité, le développement et l´épanouissement de leurs populations sur tous les plans. La galère des Togolais,…jusqu´à quand?
Samari Tchadjobo
Allemagne

