Le 4 septembre, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution A/80/L.104, appelant à l’abandon progressif de la projection de Mercator, accusée de minimiser la taille réelle de l’Afrique, de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud sur les cartes du monde. Portée par le Togo sous l’égide de l’Union africaine, l’initiative a été saluée par une large partie de la communauté internationale.
Dans une déclaration publiée le 11 septembre, l’Alliance nationale pour le changement (ANC), principal parti d’opposition togolais, dit s’associer à cet enthousiasme et salue une résolution qui « constitue une avancée vers une représentation cartographique plus fidèle du monde ». Le parti de Jean-Pierre Fabre reconnaît la pertinence d’un basculement vers des projections comme Equal Earth ou Eckert IV, plus fidèles aux proportions réelles des continents.
Mais l’ANC voit surtout dans l’exploitation politique de ce succès diplomatique une opération de communication du pouvoir togolais. Le parti dénonce ce qu’il qualifie de « manœuvre de diversion destinée à détourner l’attention de l’opinion nationale et internationale » de la situation intérieure du pays, qu’il juge « extrêmement préoccupante ».
L’opposition rappelle à cet égard le récent arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO, qui évoque un changement anticonstitutionnel de gouvernement au Togo, et dénonce une contradiction qu’elle résume en une formule : le régime présenterait, selon elle, « un visage reluisant à l’extérieur, un visage ténébreux à l’intérieur ».
Le communiqué revient longuement sur l’investissement personnel du ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, dans ce dossier porté depuis près de deux ans comme une grande cause panafricaine. L’ANC affirme que les Togolais « auraient légitimement souhaité voir la même détermination » consacrée à la défense des droits et libertés, ainsi qu’à la résolution des difficultés économiques et sociales du pays.
Le parti égrène une liste de priorités qu’il juge plus urgentes que la cartographie : l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, l’accès à l’eau et à l’électricité, ainsi que la restauration de l’État de droit. Il résume sa position dans une formule appelée à faire date dans le débat : « Une Afrique mieux représentée sur les cartes ne saurait masquer une Afrique mal gouvernée. »
L’ANC assure enfin ne pas remettre en cause le bien-fondé de la résolution onusienne, qu’elle remercie l’Assemblée générale d’avoir adoptée. Mais le parti insiste sur le fait que le redressement de l’image du pays sur la scène internationale ne saurait, selon lui, se substituer à des réformes de fond. « C’est par la qualité de sa gouvernance, le respect des droits de ses citoyens et la solidité de ses institutions qu’un État gagne véritablement le respect de la communauté internationale », conclut la déclaration.

