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Togo- Roger Folikoué : « La démocratie est le sursaut du pluriel contre l’irrésistible tentation de l’un »

À l’occasion de la Journée internationale de la démocratie, célébrée chaque 15 septembre, l’universitaire togolais Roger Folikoué a choisi de relayer un extrait de l’ouvrage de l’opposant camerounais Maurice Kamto, “L’Urgence de la pensée”, consacré à la définition et aux fondements philosophiques du système démocratique.

Dans cette publication largement partagée, Folikoué met en avant une réflexion de Kamto qui présente la démocratie non pas comme un simple régime politique, mais comme une véritable méthode fondée sur l’acceptation de la diversité et la capacité à faire coexister des positions contradictoires. Pour l’opposant camerounais, la démocratie est avant tout un rempart contre la tentation de l’uniformité et de la pensée unique, une conception qui fait écho aux tensions politiques que traverse actuellement une bonne partie du continent africain.

L’extrait insiste également sur le rôle central du débat et de l’erreur dans le processus démocratique. Selon Kamto, un système démocratique authentique se reconnaît à sa capacité à admettre ses propres failles, à expérimenter, puis à corriger le tir lorsque ses choix se heurtent au réel. C’est cette faculté d’autocritique permanente, plus que la simple tenue d’élections, qui distinguerait selon lui les démocraties véritables des systèmes qui n’en portent que le nom.

Le texte convoque aussi deux références majeures de la pensée politique occidentale. D’une part, le sociologue et théologien français Jacques Ellul, pour qui une démocratie digne de ce nom exige de la raison, de la lucidité et surtout de l’humilité intellectuelle de la part des dirigeants comme des citoyens. D’autre part, le philosophe Isaiah Berlin, dont Kamto reprend l’idée selon laquelle être véritablement démocrate suppose d’accepter que ses propres adversaires politiques puissent, eux aussi, détenir une part de vérité.

En partageant ce texte précisément le jour dédié à la démocratie, Prof. Roger Folikoué s’inscrit dans une démarche qui dépasse le simple exercice de citation. Dans un contexte togolais marqué par des débats persistants sur l’état des libertés publiques et la nature du pouvoir en place, la mise en avant de cette réflexion de Kamto, lui-même figure emblématique de l’opposition camerounaise et ancien candidat à la présidentielle de 2018, résonne comme une invitation implicite à interroger la solidité des pratiques démocratiques dans la sous-région.

Cette publication illustre par ailleurs la manière dont les universitaires et intellectuels africains continuent de se saisir des textes de leurs pairs pour nourrir, au-delà des frontières nationales, un débat commun sur les conditions d’une gouvernance véritablement pluraliste sur le continent.

Lire la tribune dans son intégralité

15 SEPTEMBRE : JOURNEE INTERNATIONALE DE LA DÉMOCRATIE

En cette journée internationale de la démocratie, donnons la parole à Maurice KAMTO, in L’Urgence de la pensée.

« La démocratie, un paradigme de la complexité.

Parce qu’elle est célébration du peuple et du pluriel, la démocratie est, en son essence, une MÉTHODE, celle qui est fondée sur le respect de la diversité et qui vise à faire coexister les contraires.

Elle est le Sursaut du pluriel contre l’irrésistible tentation de l’un. C’est pourquoi la tolérance lui est consubstantielle.

La démocratie permet de tâtonner ensemble, d’ essayer en commun de tracer l’asymptote de la vérité et de se prémunir des dogmes.

Elle est fondamentalement possibilité d’alternative et d’alternance. C’ est le seul ordre qui permet d’ expérimenter des prétentions formellement exprimées et d’ en changer lorsqu’ elles se révèlent en divorce avec la réalité. Elle croit donc à l’ erreur et par là même à bla perfectibilité. Le débat est sa pierre de touche parce qu’il crée les conditions d’échanges, du commerce d’idées, du dialogue politique et social.

C’ est une méthodologie de la critique positive qui reconstruit autrement ce qu’ elle déconstruit, ou qui reconstruit autre chose sur les ruines de ce qu’elle a détruit.

La démocratie ne présume pas la fausseté d’ une pensée, elle se garde de la bâillonner et s’assigne comme devoir de la confronter avant de la réfuter.

Il ne peut y avoir de démocratie humaine, pense Jacques Ellul, que si l’ homme met la raison et la lucidité au centre du débat, s’ il fait une grande part à l’humilité intellectuelle; il peut alors reconnaître les limites et l’ incertitude de son information, la relativité de ses idées et de ses opinions, l’utilité humble des institutions qu’ il ne faut jamais exalter au- dessus d’ un usage impertinent, mais non plus mépriser.

Être démocrate, c’est, comme le dit Isaiah Berlin, non seulement accepter les opinions divergentes, mais admettre que ce sont peut-être vos adversaires qui ont raison. »

Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE

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