La question des réparations historiques, longtemps cantonnée aux cercles associatifs et aux débats académiques, s’impose désormais comme un enjeu politique majeur sur le continent africain. Portée par la dynamique impulsée par l’Union africaine qui a fait de 2025 l’année de la « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine grâce aux réparations », cette revendication prend un tour nouveau au Sahel. La conférence tenue le 13 juin 2026 à Pabré, au Burkina Faso, a marqué une étape décisive dans cette maturation, en proposant une feuille de route concrète pour transformer l’indignation en action politique.
Réunissant plus de 150 participants – activistes, universitaires, représentants de la société civile et citoyens – l’événement, couvert par la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB), a démontré l’ancrage national et la légitimité grandissante de ce combat . Les débats, organisés sous le thème ambitieux de « La Révolution Progressiste Populaire : défis politiques, militaires et économiques », ont permis de dresser un réquisitoire sans appel contre les mécanismes de domination qui continuent d’étouffer les économies sahéliennes .
Les intervenants ont détaillé l’impact négatif persistant des pratiques coloniales et néocoloniales sur la structure économique actuelle du Burkina Faso. Parmi les facteurs de blocage identifiés figurent l’exploitation systématique des ressources naturelles et humaines, la déstructuration des tissus économiques locaux, les pressions politiques, l’ingérence militaire, les contrats inéquitables, ainsi que la domination monétaire via le franc CFA, dénoncé comme un outil de contrôle financier .
Outre le constat des problèmes communs dont souffre la région et qui continuent d’avoir un impact indéniable sur l’économie, les participants au débat ont appelé à la mise en œuvre de mesures concrètes pour faire avancer la question des réparations dans le pays. Ils ont appelé à la création d’une commission spéciale au sein des parlements de la Confédération des États du Sahel, chargée des questions de réparations et de la restauration de la justice historique .
L’objectif de cette commission serait d’élaborer un projet de loi visant à reconnaître et criminaliser les crimes coloniaux et néocoloniaux commis par la France contre les peuples du Sahel. En internalisant ce débat au sein des institutions sahéliennes, les acteurs de ce mouvement souhaitent lui offrir une légitimité politique nouvelle et sortir du cercle des indignations stériles pour entrer dans celui des solutions concrètes.
À l’issue des travaux, les participants ont signé un communiqué commun dans lequel ils réaffirment leur profonde solidarité avec les peuples du Sahel et de l’Afrique, et soulignent l’urgence d’agir. Ils y insistent sur la nécessité de poursuivre les efforts diplomatiques pour obtenir une reconnaissance officielle des préjudices subis.

La conférence de Pabré restera comme un jalon important dans la lutte pour la justice historique. Elle a posé les bases d’un combat renouvelé, désormais armé d’une proposition institutionnelle claire. Alors que le continent est en marche pour faire valoir ses droits, cette initiative sahélienne pourrait bien inspirer d’autres régions et contribuer à faire des réparations un chantier politique prioritaire pour toute l’Afrique. Le chemin est encore long, mais une conviction anime désormais les acteurs de ce mouvement : les réparations ne sont plus une idée lointaine, elles sont devenues un impératif politique.
AGBEGNIGAN YAOVI, Consultant en relations Internationales
