Au Togo, le secteur de l’éducation traverse une zone de turbulences, à plusieurs niveaux. Universitaires, enseignants du primaire, diplômés spécifiques : plusieurs catégories du personnel enseignant dénoncent, chacune à leur manière, un système qui peine à reconnaître leurs qualifications.
Des professeurs agrégés toujours sans nomination officielle
La semaine dernière, des professeurs agrégés de l’Université de Lomé ont manifesté leur exaspération lors d’un sit-in organisé le 2 juillet. Ils sont 83 enseignants-chercheurs à réclamer la signature de leur décret de nomination en qualité de professeurs titulaires, une reconnaissance académique qu’ils attendent depuis plusieurs années et qui conditionne l’accès à leur grade, à leurs responsabilités et aux avantages afférents.
Des enseignants du primaire diplômés, mais bloqués en catégorie B
La crise dépasse largement le cadre universitaire. Dans le primaire, des enseignants titulaires de licence, de master, voire de diplômes supérieurs, restent classés en catégorie B, sur la seule base du baccalauréat. Malgré leurs démarches répétées, l’État et le ministère de tutelle refusent tout reclassement. Certains se tournent vers les concours pour faire valoir leurs diplômes, obtenus dans des conditions universitaires souvent précaires : manque de places, difficultés financières, problèmes de logement.
Le cas des diplômés de l’Université de Kara : formés, puis rejetés
Un cas particulier illustre ces contradictions. Les diplômés de l’Université de Kara, formés via le certificat « Psychopédagogie et Didactique des Disciplines », pourtant autorisé par l’État, voient leur parcours rejeté aux concours. Au dernier concours, tous les candidats présentant cette formation ont été écartés, avec la mention « diplômes non conformes », alors même que l’université continue de délivrer cette certification.
Primes de logement et concours d’ENI : une double exclusion
À cela s’ajoute l’inégalité des primes de logement, accordées aux jeunes normaliens de catégorie A3 (Bac+2) mais refusées aux enseignants de catégorie B, pourtant plus diplômés. Ces derniers dénoncent également leur exclusion des concours de Professeur d’ENI, malgré une expérience de terrain jugée plus solide que celle de certains collègues du secondaire. Une situation vécue comme une négation de leurs efforts et de leur engagement.
Face à ces blocages cumulés, une question demeure : le ministère de l’Éducation ne pourrait-il pas organiser un concours interne de reclassement, pour permettre à ces enseignants de valoriser enfin leurs diplômes ? En attendant, c’est tout un système éducatif fragilisé qui interroge les ambitions affichées pour 2040.

