Bénin- Reckya Madougou : Entre espoir et désillusion

« Trop espérer, c’est se préparer des déceptions » (Alice Parizeau). Depuis la prison de Misséreté, la célèbre prisonnière du Bénin, Reckya Madougou doit illuminer sa cellule avec un immense sourire d’espoir. Et pour cause, le groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU réclame la libération sans condition de l’ancienne égérie de la République togolaise condamnée début mars 2021 à 20 années de bagne pour des faits présumés de financement de terrorisme.

Le groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU a rendu son avis le 2 novembre 2022 à l’occasion de sa 94ème session ordinaire. L’organisme onusien juge la détention de Reckya Madougou arbitraire et sans base légale, en ce sens qu’elle est contraire aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. 

A propos du « financement du terrorisme », principale charge retenue contre l’ancienne ministre de Faure Gnassingbé, le groupe de travail rétorque : « le gouvernement n’a fourni aucun procès-verbal de témoignages, d’échanges téléphoniques ou autre document à l’appui de ses déclarations quant à l’implication présumée de Reckya Madougou dans une entreprise de financement d’assassinats ».

Les experts onusiens demandent de «libérer immédiatement» l’opposante et de lui « accorder le droit d’obtenir réparation notamment sous la forme d’une indemnisation conformément au droit international ». Ils demandent également au gouvernement béninois de veiller à ce qu’une enquête approfondie et indépendante soit menée sur les circonstances de la privation arbitraire de liberté de Mme Madougou et de prendre les mesures qui s’imposent contre les responsables de la violation de ses droits.

Voilà une décision qui doit semer une jouvence de sourire dans le cœur de l’ancienne conseillère et communicante de Faure Gnassingbé. La partie n’est pas pour autant gagnée et  Reckya Madougou n’est pas tirée d’affaire. Les avis du groupe de travail des Nations Unies étant ce qu’ils sont, il n’y a aucune mesure contraignante ou mécanisme de sanction pour faire exécuter ses décisions.

On avait eu l’illustration au Togo. En novembre 2014, le groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations Unies avait jugé la détention de Kpatcha Gnassingbé arbitraire et sans base légale et demandé sa libération. Le demi-frère du chef de l’Etat togolais avait été condamné à 20 ans de réclusion criminelle dans une sombre affaire de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Malgré cet avis, Kpatcha Gnassingbé est toujours maintenu en prison depuis 13 ans.

Une décision similaire avait été rendue un an plutôt par la Cour de justice de la CEDEAO. Rien n’y a fait.

Il y a un peu plus de deux ans, au Bénin et en Côte d’Ivoire, à l’instar du groupe de travail de l’ONU, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) avait rendu coup sur coup deux ordonnances concernant les opposants Sébastien Ajavon et Guillaume Soro. Mais les décisions de la CADHP, bras judiciaire de l’Union Africaine n’ont jamais été respectées.

Le gouvernement béninois fera-t-il exception concernant l’avis du groupe de travail de l’ONU sur la détention de Reckya Madougou ? On est moins sûr.

Médard AMETEPE

Liberté N°3736

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