Chassée d’une région sous escorte militaire, survolée par un hélicoptère, puis dissuadée de poursuivre sa route par des menaces anonymes, une députée en mission officielle contrainte de rebrousser chemin : entre Dapaong et Kara, la tournée de Mme Adjamagbo-Johnson a pris des allures de thriller politique. Voici le récit de la mésaventure de la Secrétaire Générale de la CDPA dans la partie du Togo où l’opposition n’a pas le droit de mettre les pieds.
« Une tournée à risque », confirme Mme Adjamagbo-Johnson. Bien évidemment. En quittant Lomé avec sa délégation pour le septentrion, la députée était consciente des risques qu’elle prenait, mais le besoin de rencontrer ses mandants était si fort qu’elle ne pouvait y renoncer. D’abord, c’est à Dapaong que tout a commencé.
Le 19 mars 2026 en début de soirée, la délégation conduite par la députée Kafui Adjamagbo-Johnson pose ses valises à Dapaong, chef-lieu de la région des Savanes. En amont, les démarches administratives avaient été engagées : courriers adressés dès le 4 mars au ministre de l’Administration territoriale, notifications aux ministères techniques concernés, suivi régulier des correspondances. Mais sur le terrain, l’absence de coordination devient rapidement évidente.
À son arrivée, la délégation se rend à la préfecture pour signaler sa présence. Le préfet est absent. Ce n’est que plus tard, dans la soirée, qu’il prend contact et fixe un rendez-vous pour le lendemain.
Le 20 mars, à la préfecture, le ton est donné. Entouré des autorités locales et des forces de sécurité, le préfet annonce ne pas avoir reçu d’instructions de sa hiérarchie. Il invoque l’état d’urgence sécuritaire dans la région des Savanes pour exiger une autorisation préalable du ministère de la Défense.
Face à cette exigence, la députée oppose une fin de non-recevoir : en tant qu’élue de la Nation, elle rappelle que sa mission de contrôle de l’action gouvernementale ne saurait être soumise à l’autorisation de l’exécutif.
Dans une attitude jugée désinvolte et empreinte de mépris à l’égard de l’institution parlementaire, le préfet a ordonné l’expulsion immédiate de la députée et de sa délégation hors de la région des Savanes. Mais aussitôt après, à la suite d’un appel du ministre de l’Administration territoriale, il a annoncé que le ministre proposait d’accorder une « faveur » à la députée, c’est-à-dire en lui permettant d’organiser rapidement le 20 mars, jour de la fête du Ramadan, l’activité de reddition de comptes initialement prévue le 21 mars, au motif que cette date figurait dans un précédent courrier. Une proposition que la députée a catégoriquement rejetée, la jugeant inacceptable. Pour le préfet, ce refus a sonné le glas et entraîné l’exécution immédiate de la mesure d’expulsion. Face à cette situation, la députée a mis fin à la réunion en se levant.
L’expulsion
Aucun répit n’a été accordé à la délégation. Il lui a été refusé jusqu’à la possibilité de se restaurer ou de se préparer avant le départ. Sous haute surveillance, la députée et son équipe ont d’abord été escortées chez les sœurs hospitalières Yendoubé où elles avaient logé, par un important dispositif de forces de sécurité (gendarmes, policiers et unités d’élite, dont plusieurs éléments cagoulés). Un hélicoptère a survolé la zone pendant que la députée et les membres de la délégation étaient autorisés à monter un à un dans leurs chambres respectives, pour faire leurs valises les uns après les autres.
Ensuite, le convoi, encadré par deux jeeps, l’une en tête, l’autre en queue, transportant chacune des agents des forces de l’ordre, a accompagné la délégation jusqu’à Naboulgou, où l’escorte a pris fin. La délégation s’est alors repliée sur Atakpamé le 20 mars 2026 à 18 h 21, dans l’attente de la poursuite de la mission à Kara.
Kara, le risque à ne pas prendre
Les activités de contrôle de l’action gouvernementale et de reddition de comptes de Mme Adjamagbo et de sa délégation à Kara étaient prévues respectivement les 23 et 24 mars 2026. Comme pour Dapaong, toutes les dispositions furent prises en amont. Le ministère en charge de l’Administration territoriale a été informé, ainsi que les ministères techniques et leurs démembrements locaux.
Mais pour éviter le scénario de Dapaong, le conseiller régional Kara de la DMP, TOYOU Meyohewa Joseph, instruit par la députée, a d’abord pris contact avec le préfet de la Kozah, colonel BONFOH, pour s’assurer des dispositions sécuritaires. Celui-ci est revenu vers la députée, lui faisant savoir, de la part du préfet, que celui-ci n’avait reçu aucune instruction de sa hiérarchie tendant à la sécurisation de la députée et de sa délégation lors de leurs différents déplacements sur les sites à visiter.
La députée va donc prendre l’initiative de rentrer en contact avec le préfet de la Kozah par appels renouvelés pour régler le détail capital de la sécurisation des activités. De tous les appels téléphoniques émis par la députée en direction du préfet, celui-ci n’y a répondu à aucun et n’a pas non plus daigné rappeler.
À cette situation inquiétante se sont ajoutés des appels téléphoniques anonymes depuis des numéros masqués demandant à la députée et à sa délégation de ne pas mettre les pieds dans la ville de Kara, sous aucun prétexte, dans le cadre de leurs activités parlementaires programmées.
Des menaces que la députée a prises au sérieux. Pour préserver sa vie et celle de sa délégation, surtout qu’elle avait déjà fait les frais de la barbarie des nervis du régime au sein même du siège de son propre parti à Lomé le 29 septembre 2024, lors du passage du député sénégalais Guy Marius SAGNA, Mme Adjamagbo-Johnson a finalement rebroussé chemin en mettant fin à sa mission.
Le test du régime parlementaire affiche négatif
Devant les médias ce mercredi à Lomé, Mme Adjamagbo-Johnson a souligné qu’au-delà de cette mission, l’idée est de soumettre le régime à un test. Celui de voir si « nous sommes réellement sous un régime parlementaire », avec un gouvernement capable d’accepter un contre-pouvoir. Et sans surprise, le test se révèle négatif. « Conclusion, nous devons poursuivre le combat contre ce régime des Gnassingbé », a-t-elle indiqué.


C’est dommage… L’honorable, chef de parti, a le droit de faire des visites dans toutes les contrées du Togo. L’erreur c’est de s’être présentée comme une contrôleuse des actions du gouvernement… A quel titre !