Au Niger, on ne badine plus avec la corruption et les détournements de deniers publics. Un nouveau code pénal a vu le jour et les agents de l’État qui s’y risquent peuvent écoper jusqu’à la perpétuité ou même être condamnés à mort. Cette nouvelle loi pénale qui corse les sanctions et les condamnations pénales peut-elle dissuader les détourneurs de deniers publics ?
Ce n’est pas sûr. Au Burkina Faso voisin, la lutte contre ces 2 phénomènes graves s’est intensifiée ces derniers mois. Des textes facilitent des dénonciations publiques et le gouvernement utilise des agents infiltrés et des caméras cachées pour sanctionner les flagrants délits. De nouveaux mécanismes qui semblent ne pas être à la hauteur du mal. La preuve en est qu’au conseil des ministres de ce mercredi 18 juin 2026, il a été procédé à la révocation de deux agents de la police nationale pour des faits de détournements de deniers publics. Plus de 45 millions de francs CFA sont en jeu.
En Afrique, le mal est profond et ses tentacules le sont également. Selon l’Indice de perception de la corruption de Transparency International, la corruption et le détournement de deniers publics constituent de gros ennuis au développement des pays africains. L’indice souligne une vulnérabilité persistante face aux flux financiers illicites.
Pourquoi ces deux fléaux, malgré les textes et les mécanismes nouveaux, continuent leur bonhomme de chemin en Afrique ? Existe-t-il une solution africaine pour arrêter l’hémorragie ?
L’Afrique d’aujourd’hui, une société intrinsèquement coloniale
Les Africains sont atteints par les maladies du système dominant, notamment la corruption et les détournements de deniers publics. Ces fléaux sont des phénomènes complexes et très anciens. Colonisé et non encore sorti des entrailles du crime colonial, l’Africain pense que la solution à ses problèmes se trouve dans les valeurs et les institutions du colon. Après de longues études, l’Africain réfléchit dans l’imaginaire du blanc ou de l’arabe. Il est d’ailleurs celui qui ne conçoit pas que son Afrique ait eu une organisation sociale et un système judiciaire capables adéquats. Un véritable étranger sur ses propres terres !
C’est ce qui justifie le choix du durcissement des lois perçu comme la seule façon d’éviter la corruption et les détournements de deniers publics qui grugent l’économie en Afrique. La prison, une norme occidentale, est tout aussi prisée. Résout-elle vraiment des problèmes ?
En politiques publiques, on a coutume de dire en ce qui concerne la lutte contre les stupéfiants que lorsqu’on durcit le ton contre ces produits, ce qui s’en suit, c’est la cherté des drogues puis de nouvelles astuces pour contourner les nouvelles règles dans les pays où les lois sont corsées. La corruption et les détournements de deniers publics n’échappent pas à cette réalité.
Dans un monde où l’individualisme est la norme, la recherche de profits personnels, l’appât du gain facile, la précarité et les inégalités économiques sont aiguisés. Ces facteurs poussent les commis de l’État à contourner les règles pour se servir.
Les tréfonds de l’Afrique ancestrale
L’Afrique ancestrale était un ‘paradis’ sur terre. Plusieurs écrits le confirment. Selon Ibn Batouta (1304-1368), les actes d’injustice étaient rares en Afrique. Le vol et la rapine n’existaient pas. Quant à l’Allemand Leo Frobenius (1873-1938) qui raconte les vécus des navigateurs qui étaient venus sur le continent noir, les Africains étaient « des gens civilisés jusqu’à la moelle des os ». Dans son discours prononcé devant l’Assemblée nationale britannique le 8 février 1835, un discours qui a conduit les Anglais à briser la colonne vertébrale (spiritualité et héritage culturel) des territoires africains qu’ils ont conquis, Lord Macaulay qui a voyagé à travers l’Afrique, disait qu’il n’y avait ni mendiant, ni voleur. Il ajoutait qu’il a été à la rencontre de « personnes avec de hautes valeurs morales ».
Pour avoir écrit que dans la société africaine ancestrale, il n’y avait ni vol, ni insécurité, et par voie de conséquence ni détournements de deniers publics, ni corruption, ces étrangers avouent leur émerveillement pour les institutions et les valeurs africaines. Des institutions et valeurs absentes chez eux.
En Afrique, l’individu était formé au communautarisme et non à l’individualisme. A l’Africain d’alors, on inculquait des valeurs, de telle sorte qu’avant même qu’il n’atteigne le sommet pour prendre des charges publiques, il est un être abouti et il y a des choses qu’il ne fait pas. Il ne pouvait ni corrompre, ni détourner.
L’éducation, pas celle qu’on a en Afrique jusqu’à présent (selon Joseph Ki-Zerbo, on a une éducation en Afrique et non une éducation africaine), est primordiale si tant est que les dirigeants africains veulent la fin de ces 2 fléaux qui gangrènent notre société. Il n’y a pas un autre moyen. Une rééducation du mental du peuple est donc impérative. Elle permettra à la population africaine de désapprendre de la mentalité occidentale pour réapprendre dans le paradigme philosophique africain.
Outre l’éducation, il faut reconstruire la société africaine autour des procédés de justice et de règlement de différends coutumiers. Le Burkina Faso a déjà fait un grand pas avec la loi Faso Bu Kaoré. Les procédés en la matière sont légion et efficaces. L’Afrique a besoin de cette approche ancestrale parce qu’elle lui permettra de se relever définitivement de sa léthargie et du mimétisme ambiant.
Écrit par TELLI Kofi
Titre original : Corruption et détournements : à quand la fin de ‘l’hypocrisie’ institutionnelle en Afrique ?
Source : Globalactu.com
