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Tribune libre | Togo vision 2040 : doubler le niveau de vie des Togolais ou prolonger le règne de Faure Gnassingbé ?

« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. »

Si cette maxime politique attribuée à Abraham Lincoln n’existait pas, il aurait sans doute fallu l’inventer pour décrire certaines réalités de la vie politique togolaise. Car depuis plus de vingt ans, les Togolais vivent au rythme des annonces, des plans stratégiques et des visions de développement dont les promesses se renouvellent plus rapidement que les résultats.

SCAPE, PND, Feuille de route gouvernementale, Vision 2030 et désormais Vision 2040.

À chaque étape, les promesses sont les mêmes : croissance, prospérité, emploi, réduction de la pauvreté et amélioration des conditions de vie.

Pourtant, après plus de deux décennies de pouvoir, une autre constante apparaît : chaque nouvelle vision semble correspondre à une nouvelle étape de consolidation du pouvoir de Faure Gnassingbé. Au fil des années, les horizons de développement se sont multipliés au même rythme que les mécanismes destinés à prolonger la longévité du régime.

C’est ce qui rend l’annonce faite à Kara particulièrement révélatrice.

Le choix de cette ville n’est pas anodin. Depuis plusieurs années, Kara s’est imposée comme l’un des principaux laboratoires politiques du régime. C’est souvent là que les grandes orientations du pouvoir prennent forme avant d’être déployées à l’échelle nationale. La réforme constitutionnelle qui a conduit au basculement institutionnel de 2024 s’inscrivait déjà dans cette dynamique.

Réunis en séminaire gouvernemental le 11 juin 2026 avec des experts et des partenaires internationaux, le Président du Conseil, Faure Gnassingbé, a fixé un nouvel objectif : doubler le niveau de vie des Togolais et ramener le taux de pauvreté à moins de 15 % d’ici 2040.

Sur le papier, l’ambition est séduisante. Mais dans la réalité togolaise, cette promesse soulève davantage de questions qu’elle ne suscite d’espoir.

Après vingt-et-un ans de pouvoir, après un mandat social marqué par une flambée généralisée des prix, une érosion du pouvoir d’achat et une précarisation croissante des ménages, ce discours ressemble davantage à un programme électoral qu’à un bilan de gouvernance.

Le paradoxe est saisissant : ceux qui promettent aujourd’hui de transformer le pays d’ici quatorze ans sont les mêmes qui le dirigent depuis plus de deux décennies.

Pourquoi faudrait-il encore attendre 2040 pour voir se réaliser des résultats qui étaient déjà promis hier ?

L’histoire récente apporte un élément de réponse.

Lorsque la Vision 2030 fut lancée, plusieurs observateurs avaient soutenu qu’au-delà du discours économique, elle traduisait également la volonté du régime de se projeter politiquement au-delà des échéances connues. Cette lecture fut combattue, parfois même ridiculisée.

Pourtant, les faits ont fini par lui donner une certaine crédibilité.

Les réformes constitutionnelles se sont succédé. Puis est venu le basculement institutionnel de 2024. Les règles du jeu ont été modifiées, l’architecture du pouvoir redessinée et les mécanismes de conservation du pouvoir adaptés à une nouvelle réalité politique.

Ce qui relevait hier de l’analyse est devenu une réalité institutionnelle.

Dans ces conditions, l’apparition d’un nouvel horizon à 2040 ne peut être examinée avec la même naïveté.

D’autant plus qu’elle intervient dans un contexte où circulent déjà des spéculations persistantes sur de nouveaux ajustements constitutionnels destinés à corriger les limites apparues dans le fonctionnement de la Cinquième République.

Vraies ou fausses, ces hypothèses traduisent une conviction largement répandue : le système continue de réfléchir à sa propre pérennité.

C’est là que les visions de développement prennent une autre signification.

Elles cessent d’apparaître comme de simples instruments de planification économique pour devenir des marqueurs de la continuité politique.

Hier, l’horizon était fixé à 2030. Aujourd’hui, il est repoussé à 2040.

Mais entre-temps, que constate le citoyen ordinaire ?

Une vie toujours plus chère. Un chômage persistant. Des scandales financiers à répétition. Une dette publique en progression. Des infrastructures qui se dégradent. Une transparence toujours insuffisante dans la gestion des ressources publiques. Une concentration des richesses entre les mains d’une minorité pendant que la majorité peine à satisfaire ses besoins essentiels.

Comment prétendre réduire durablement la pauvreté sans s’attaquer aux mécanismes qui la produisent ?

Comment promettre un doublement du niveau de vie lorsque les exigences de bonne gouvernance, de transparence et de redevabilité continuent d’être reléguées au second plan ? Comment convaincre les citoyens de la sincérité de cette ambition lorsque les mécanismes élémentaires de transparence, notamment la déclaration de patrimoine des plus hauts responsables publics, continuent de susciter autant d’interrogations ?

Le plus frappant demeure cependant l’absence de bilan.

La Vision 2030 disparaît progressivement du débat public sans véritable évaluation populaire, sans reddition de comptes et sans examen rigoureux des objectifs atteints ou abandonnés.

À la place, un nouvel horizon est proposé, comme si l’avenir devait en permanence remplacer les comptes que le présent réclame.

C’est pourquoi le débat dépasse largement les questions économiques.

La véritable interrogation est politique.

Cette nouvelle vision prépare-t-elle réellement le développement du Togo ou participe-t-elle à une stratégie plus large visant à inscrire la continuité du pouvoir dans l’horizon mental des Togolais ?

La question mérite d’être posée.

Car l’expérience récente a appris aux citoyens qu’au Togo, les visions de développement et les stratégies de conservation du pouvoir avancent souvent sur des trajectoires parallèles, au point qu’il devient parfois difficile de distinguer où s’arrête la vision de développement et où commence la stratégie de prolongation du pouvoir.

Ricardo Agouzou

2 thoughts on “Tribune libre | Togo vision 2040 : doubler le niveau de vie des Togolais ou prolonger le règne de Faure Gnassingbé ?

  1. Faure Gnassingbe n’a qu’un seule programme et projet au TOGO se maintenir au pouvoir a Vie par la violence et soutenu par une armee tribaliste…Faure Gnassingbe n’aucun projet de developpement un sanguinaire veut toujours reste au pouvoir..la chance de Faure Gnassingbe l’oppositions n’existe pas au TOGO personne en face de l’unir RPT..

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