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Le Togo et la Banque mondiale, encore un classement hors sol

Alors que le Togo est désormais classé parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur, OURO-AKPO Tchagnaou, économiste et ancien député, livre une analyse critique des chiffres économiques officiels, de l’évolution de la dette publique et des mécanismes de redistribution des richesses nationales.

Le Togo et la Banque mondiale, encore un classement hors sol

Comme le disait Spinoza, la fragilité du gouvernement se mesure par l’écart entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. Depuis le mois de juin 2025, les informations découlant des rapports de la Banque mondiale sur les statistiques économiques du Togo semblent être d’un autre monde. Tout se passe comme si les informations relatives à l’économie du Togo semblaient en décalage avec la réalité, très loin du vécu quotidien des populations togolaises on se demande si ce n’est que  du pipeau. Le 1er juillet 2026, il nous a été annoncé que le Togo est désormais classé parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur.

Cette annonce découle de la mise à jour annuelle de la classification par revenu publié le 1er juillet 2026 par la Banque Mondiale qui couvre 218 économies. Le pays est devenu le seul pays au monde à quitter cette année la catégorie des pays à faible revenu. Ce qui est surprenant et que, selon le rapport de l’INSEED (Institut National de la Statistique, des Etudes Economiques et de Démographie), le PIB réel du Togo régresse de 6,5% en 2024 à 6,3 % en 2025 avec un PIB de 6 919 milliards et d’un PIB par habitant de 1400 dollars par habitant. 

Le paradoxe ici est que d’autres pays tels que le Mali avec 3665 dollars, le Burkina Faso avec 3227 dollars et le Niger avec 2232 dollars sont classés pays à faible revenu par la même banque mondiale, tout simplement parce que selon l’institution mondiale leur population augmente très vite. Plus grave,  il ressort que ce qui a déterminé cette augmentation du PIB par habitant du Togo ces derniers temps repose en partie sur le nouvel ajustement du nombre de la population togolaise après le Recensement Général de la Population et de l’Habitat(RGPH)  en 2022. 

En effet , le RGPH de 2022 avait estimé la population togolaise à 9,3 millions d’habitants. Cependant les nouveaux ajustements réalisés par le service des statistiques montrent qu’en janvier 2026 la population togolaise est estimée à 8,685 millions d’habitants soit une diminution de 11 % depuis 2023. Ce qui a eu un effet favorable sur le ratio du PIB par habitant. En effet, le dénominateur ayant baissé, le quotient a été favorablement amélioré. Ainsi le Togo est passé de pays à faible revenu à pays à revenu moyen inférieur tout simplement parce que sa population a diminué. N’est-ce pas un paradoxe quand on sait que le taux de natalité au Togo est élevé et que le taux d’accroissement naturel est de l’ordre de 3 pour 1000 habitants. 

De plus, il faut rappeler qu’à la suite de la crise politique résultant de l’élection présidentielle chaotique du 20 février 2020, une partie de la population très frileuse à l’époque a refusé de se faire recenser pour exprimer son antipathie au gouvernement issu de cette élection. Ce qui a fait que la projection de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) lors des préparatifs du recensement électoral pour les élections législatives prévue pour 2024 a eu du mal à faire des ajustements qui  sont en dessous de la réalité et a été totalement débordée.

En conséquence, une bonne partie des électeurs n’a  pu se faire recenser et les résultats ont montré que la proportion de la population électorale présentée par la CENI dépassait 52 % alors que le ratio devra être 48 ou 49 % de la population si nous convenons que plus 50 %100 de la population togolaise à moins de 18 ans. Eu égard à ce qui précède, venir proclamer en 2026 que la population du Togo estimée en 2026 serait de 8,685 millions est une mauvaise blague et totalement surréaliste. Tout porte à croire qu’il y a une manipulation des chiffres au niveau des statistiques au Togo pour cacher une réalité.

Il ressort également que depuis le dernier passage d’une mission de la Banque mondiale en juin 2026 au Togo , le pays a entrepris des manœuvres pour cacher certaines réalités en complicité avec l’institution mondiale pour obtenir un nouveau programme de Facilitation de Crédit. 
Aussi, il nous a été annoncé que la dette publique du Togo est passé de juin 2025 à juin 2026 de 71 % du PIB à 61 % du PIB selon le rapport de de la dernière session du Comité National de Crédit du 19 juin 2026, sans aucune explication à travers un Débat d’Orientation Budgétaire (DOB) comme le veut la pratique. La question que l’on se pose, est de savoir  si le Togo est en train d’aller à l’école du Sénégal au temps de Macky Sall. 

Tout porte à croire que le gouvernement togolais procède de la même école, c’est-à-dire cacher une partie de la dette publique et minorée l’effectif de la population afin d’améliorer sa note auprès des institutions de notation  et d’obtenir de nouveaux programmes de facilitation de crédit. 
En augmentant artificiellement le revenu moyen, cela augmente sa crédibilité auprès des institutions multilatérales pour obtenir des aides et d’autres possibilités de s’endetter davantage. Sauf que tous ces fonds empruntés ne rentrent pas dans un programme de développement et de véritable construction du pays et prennent d’autres directions. 

La question que nous devons nous poser  est celle-ci : à qui profite le crime?
 Ce qui est constant est que la dette d’aujourd’hui constitue les impôts de demain. 
Si hier le Togo a pu bénéficier de l’initiative PPTE (Pays Pauvre Très Endetté) avec une réduction de 80 % de sa dette extérieure, aujourd’hui la structure de la dette a changé. Les nouveaux bailleurs de fonds sont pour la plupart asiatiques et du secteur privé qui n’ont aucun lien historique avec le Togo. C’est le cas des institutions telles que Eximbank Chine Eximbank Inde, la Banque Islamique de Développement (BID) et surtout les bailleurs du marché financier de l’UEMOA. Le pays est obligé, quel que soit ce qui va arriver, de rembourser cette dette.

Ce qui est avéré, c’est que malgré les 15 000 milliards de financement des différents programmes depuis le DSRP au PND et suivants en passant par la SCAPE, aucun développement n’est visible. Pis, chaque mois, depuis 2022, le pays est obligé d’aller collecter en moyenne 30 milliards de FCFA sur le marché financier de l’UEMOA pour assurer le fonctionnement de l’État avec un taux d’intérêt de plus de 7 % qui est supérieur au taux de croissance du pays. 
Au même moment le rapport de Global Financial integrity publié en janvier 2026, place le Togo parmi les 10 pays africains les plus touchés par les flux financiers illicites.

Ce qui a occasionné une perte cumulée entre 2013 et 2022 de plus de 13 569 millions de dollars soit près de la moitié du montant de l’investissement total du pays en 20 ans. Il résulte qu’en moyenne, 1357 millions de dollars par an soit environ 800 milliards de FCFA qui s’évaporent à travers les fortunes offshores, sans payer les impôts et les dividendes que perçoit l’État pour les besoins sociaux et financer les multiples politiques publiques. 
Il sied de rappeler aussi  que le budget d’ investissement de l’État n’a jamais dépassé 400 milliards par an.
Tout ceci est l’œuvre «d’une minorité qui accapare les richesses du pays au détriment de la majorité» qui s’appauvrit au jour en jour. 

Aujourd’hui, selon les statistiques des études économiques du Togo, les entreprises qui contribuent à la croissance économique du pays sont les grandes entreprises installées au Port Autonome de Lomé et celles installées au niveau de la Plateforme Industrielle d’Adétikope  (PIA) qui, dans la plupart des cas, bénéficient des avantages fiscaux prévus dans le code des investisseurs pour le compte de la Zone Franche. On estime qu’en 2021, l’Office Togolais des Recettes (OTR ) a perdu plus de 23 milliards de FCFA à cause des abus fiscaux des grandes entreprises étrangères dont le seul objectif est le profit. 
Aujourd’hui, la dette au Togo est devenue comme la corde du pendu. 

C’est indéniable, aucun pays au monde ne peut se développer par la dette, surtout quand on cherche à la cacher au peuple si ce n’est de la sorcellerie. Tout porte à croire que les dirigeants de notre pays n’ont aucun respect de la dignité, de la souffrance, des problèmes de santé publique et le changement structuré de l’éducation nationale et n’ont aucune vision pour la souveraineté nationale. Il s’agit ici des vraies raisons de l’état d’abandon du peuple et de la masse populaire. 

Comme le dit un adage bien connu, on peut tromper une partie du peuple un temps, mais on ne peut pas tromper tout un peu plus tout le temps. Nous disons que le revenu par habitant sur lequel la Banque mondiale se base pour classer le Togo parmi les pays à revenu intermédiaire n’est que de la poudre aux yeux.  En réalité, le PIB/habitant n’est qu’un ratio. Il ne montre pas comment toutes les richesses du pays sont redistribuées à l’échelle nationale. 

Au Togo, tout le monde sait depuis le discours à la Nation de Monsieur Faure Gnassingbé le 26 avril 2012 qu’ une bonne partie des richesses du pays est confisquée dans les mains d’une petite minorité, une oligarchie constituée et bien protégée au sommet de l’État. Elle ne doit sa prospérité et sa stabilité que par la peur que le régime a imposé au reste du peuple. Ce peuple est toujours manipulé, fragile, désorienté et désorganisé. C’est connu de tous qu’il est de  l’intérêt du pouvoir que les hommes, surtout les composantes politiques pouvant représenter le peuple tels que les partis politiques se battent entre eux. Un peuple fatigué n’a pas le temps de voir clair dans les mécanismes du pouvoir. De ce fait, il ne peut pas se révolter et reste dans l’immobilisme par la peur du lendemain, l’insécurité et la faim. Il est prêt à tout en s’accrochant aux strapontins pour sa survie. 

Dès lors, la grande majorité devient silencieuse et accepte volontairement de perdre ses droits fondamentaux en échange de sa sécurité. Sauf qu’au bout  du compte, elle n’a ni la sécurité ni la liberté. 
On ne le dira jamais assez, le véritable ennemi du pouvoir c’est un peuple uni. Nous disons pour ce qui nous concerne que la servitude volontaire ne doit pas être une option pour les enfants dont les ancêtres étaient des nationalistes. Au demeurant, seule une rupture radicale et totale avec les vieilles pratiques néocoloniales pourra sauver le Togo. 

OURO-AKPO Tchagnaou,
économiste, ancien vice-président de la Commission de l’économie et des finances à l’Assemblée nationale du Togo

Source : Lecorrecteur.tg

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