Advertisements

Togo- À Lomé, se loger coûte plus cher que vivre

Il est 16h à Agoè 2 Lions. Akossiwa descend du taxi-moto en soupirant. C’est la quatrième agence (démarcheur, dans le jargon local) qu’elle visite cette semaine. Le studio qu’on lui a montré, deux pièces exiguës, sans eau courante fiable, se loue 25 000 FCFA par mois. Le démarcheur, lui, réclame en plus une « commission de visite » de 2 500 FCFA, non remboursable, même si la chambre ne correspond pas à ce que cherche le client. Pour entrer dans les lieux, il faudra également avancer douze mois de caution. Akossiwa, employée de bureau, gagne 60 000 FCFA par mois. Elle fait le calcul, une fois de plus : impossible.

Cette scène, des milliers de Loméens la vivent chaque semaine. Se loger dans la capitale togolaise est devenu un exercice d’endurance, où se mêlent flambée des prix, cautions hors-la-loi et intermédiaires aux pratiques opaques.

Une loi contournée en toute impunité

Le Togo dispose pourtant d’un texte plafonnant les cautions locatives. Sur le terrain, ce plafond a valeur de suggestion plus que de règle. Six, huit, dix, parfois douze mois de loyer d’avance sont exigés. À cela s’ajoutent les frais réclamés par des démarcheurs non encadrés : commissions de visite, “frais de dossier”, parfois des arrhes versées pour un logement qui se révèle, une fois sur place, indisponible.

Le tout intervient alors que le pouvoir d’achat des ménages togolais s’érode. La hausse des produits pétroliers a renchéri transport et biens de consommation courante, sans que les salaires suivent. Le SMIG, censé garantir un revenu plancher, reste largement une référence administrative : peu de fiches de paie en reflètent réellement le montant.

 « Que vaut un toit quand le loyer coûte plus que le salaire ? »

C’est ce déséquilibre qu’a dénoncé, le 24 août, le Mouvement Martin Luther King “La Voix des Sans Voix” (MMLK), dans une lettre ouverte au gouvernement. Son président, le pasteur Edoh K. Komi, y est sans détour : « Malgré la loi qui plafonne le cautionnement des loyers, sur le terrain c’est la loi du plus fort qui règne. »

Le mouvement pousse plus loin l’interrogation : « Que vaut une loi qui n’est pas appliquée ? Que vaut un toit quand le loyer coûte plus que le salaire ? » Une situation qui, selon lui, « crée de la précarité, du désespoir et de l’injustice » et « met en danger la quiétude et la dignité des familles togolaises ».

 Quatre pistes pour désamorcer la crise

Le MMLK formule quatre demandes : des brigades de contrôle pour sanctionner les abus sur les cautions ; des barèmes officiels de loyers par quartier pour freiner la spéculation ; un numéro vert gratuit pour dénoncer les dérives sans crainte de représailles ; et une accélération des programmes de logement social.

Le mouvement lance en parallèle une campagne, « Loyer digne », pour recenser les témoignages de locataires. En attendant une réponse du gouvernement, Akossiwa, elle, continue de chercher, un studio, un peu de répit, et surtout, un bailleur qui respecte la loi.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *