Au Sénégal, le mutisme de plusieurs hauts responsables politiques face aux accusations visant la compagnie minière française Eramet alimente un climat de suspicion croissante. Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent pour dénoncer les conséquences environnementales et sociales de ses opérations, sans qu’aucune réponse ferme ne semble émerger du côté des autorités.
Présente dans le pays depuis 2014 à travers sa filiale Grande Côte Opérations, Eramet fait aujourd’hui face à une multiplication des critiques concernant l’impact de ses activités extractives. Des rapports et témoignages évoquent notamment l’épuisement des ressources en eau, la dégradation des conditions de vie des populations locales ainsi qu’un faible retour économique pour le pays. Ces accusations ont été relayées dans une enquête détaillée, mettant en lumière l’ampleur des dommages environnementaux dans la zone du désert de Lompoul.
Face à cette situation, plusieurs figures politiques et membres de la société civile ont pris position. Des personnalités comme Guy Marius Sagna, Ousmane Ciss, Pape Djibril Fall ou encore Cheikh Sall dénoncent ouvertement ce qu’ils qualifient de conséquences catastrophiques liées à l’exploitation minière. Ils appellent à l’instauration d’un moratoire sur les activités de l’entreprise, estimant que les atteintes à l’environnement et aux communautés locales nécessitent des mesures urgentes.
Dans ce contexte, une interrogation persiste. Malgré les alertes répétées, les plaintes des populations affectées et les éléments documentés, aucune décision significative ne semble avoir été prise pour encadrer ou suspendre les opérations de la compagnie. Au contraire, certaines déclarations officielles laissent entrevoir un soutien implicite des autorités.
Le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Biram Soulèye Diop, a ainsi salué publiquement les efforts d’Eramet en matière de responsabilité environnementale, évoquant notamment les actions de réhabilitation des sites exploités. Ces propos contrastent fortement avec les critiques formulées par les organisations écologistes et les habitants des zones concernées.
Ce décalage entre les discours officiels et les réalités décrites sur le terrain nourrit les soupçons d’un blocage au plus haut niveau de l’État. Certains observateurs pointent notamment le rôle d’El Malick Ndiaye, actuel président de l’Assemblée nationale, qui a occupé par le passé des fonctions au sein d’Eramet en tant que responsable des opérations portuaires.
Cette proximité alimente les interrogations sur une possible influence exercée au sommet des institutions. L’hypothèse d’une pression sur les médias, les responsables politiques et les acteurs de la société civile est évoquée par certains analystes, qui estiment que cela pourrait contribuer à façonner une image positive de la compagnie tout en minimisant les impacts de ses activités.
Dans un contexte marqué par des enjeux économiques et environnementaux majeurs, le silence persistant des autorités sénégalaises face à ces accusations continue de susciter débats et inquiétudes.
Par George E.

