Ingénieur des travaux publics fort d’une expérience acquise en Mauritanie, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Burkina Faso et récemment sur le projet d’assainissement pluvial de Cotonou, Ahmed Akakpo Victor livre son diagnostic sur les inondations récurrentes à Lomé. Entre urbanisation anarchique, réseau de caniveaux dépassé, changement climatique et gestion défaillante des déchets, il plaide pour une réforme globale de l’assainissement de la capitale togolaise et propose des pistes concrètes, des caniveaux sous chaussée aux tunnels de drainage, en passant par une meilleure coordination entre communes et État. Il appelle à une nouvelle stratégie d’assainissement pour éviter les inondations à Lomé. Bonne lecture.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours professionnel ?
Ahmed Akakpo Victor : Je suis Ahmed Akakpo Victor, ingénieur des travaux publics. Aujourd’hui, je suis directeur technique, chargé de la coordination des services techniques de différents pays et je suis basé à Lomé.
J’ai reçu une formation d’ingénieur en génie civil. Je me définis comme ingénieur des travaux publics parce que, en plus du génie civil, j’ai également eu une formation liée à la mécanique des matériels de génie civil. C’est une formation qui englobe à la fois les aspects pratiques et théoriques des travaux publics.
J’ai commencé mon parcours professionnel en Mauritanie. J’ai travaillé comme assistant au chef de mission de contrôle sur un projet de construction d’une nouvelle route reliant la Mauritanie au Mali à travers le désert. Après cette expérience, je suis venu au Togo où j’ai exercé pendant près de cinq ans comme directeur technique et directeur d’exploitation des travaux routiers dans une grande entreprise de la place. Ensuite, j’ai poursuivi mon parcours professionnel en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Burkina Faso et récemment au Bénin, où j’ai occupé le poste de directeur des travaux du projet d’assainissement pluvial de la ville de Cotonou.
Vous avez évoqué votre passage dans la gestion de l’assainissement pluvial de Cotonou. Comment êtes-vous devenu directeur des travaux de ce projet considéré aujourd’hui comme un modèle dans plusieurs villes africaines ?
Concernant mon arrivée sur le projet d’assainissement pluvial de Cotonou, c’était un projet qui avait déjà été lancé lorsque j’étais encore en Côte d’Ivoire. Je suis rentré au Bénin après avoir reçu, tard dans la soirée, une sollicitation d’une entreprise béninoise qui m’invitait à venir apporter mon expérience pour sauver ce projet qui traversait d’énormes difficultés. Après onze mois de travaux, l’entreprise n’était qu’à environ 4 ou 5 % de taux d’avancement. La situation était très préoccupante et risquait d’entraîner de lourdes conséquences pour l’entreprise. J’ai donc été appelé en renfort.
Douze mois après, je pouvais dire que je suis vraiment satisfait du résultat obtenu. Les autorités béninoises, les services chargés du projet et l’ensemble des acteurs concernés se réjouissent aujourd’hui parce que nous avons réussi à sortir le projet d’une situation très difficile. C’était un terrain extrêmement compliqué, mais avec l’engagement de tous les acteurs, nous avons pu avancer.
Quels sont les différents acteurs et services qui ont participé à l’organisation de ce projet ?
Le projet d’assainissement pluvial de Cotonou (PAPC) était un projet de grande envergure sur lequel plusieurs entreprises sont intervenues. Nous étions quatre ou cinq entreprises chargées de différents volets de l’assainissement pluvial de la ville. Le projet que j’avais à diriger concernait plusieurs axes, notamment les axes les plus complexes de Cotonou.
Les principaux acteurs étaient l’agence chargée de la gestion des infrastructures urbaines, qui était un élément clé du projet. Il y avait également la SIRAT, la Société des Infrastructures Routières et de l’Aménagement du Territoire. À cela s’ajoutaient le ministère des Infrastructures, les communes, la préfecture ainsi que plusieurs partenaires techniques et institutionnels. Tous ces acteurs ont contribué à la réussite du projet.
Quelles sont les causes principales des problèmes d’inondation à Lomé ?
Je vais répondre en prenant plusieurs angles. D’abord, il y a la vie sociale quotidienne des populations, notamment la gestion des déchets. Je compare souvent le sol de Lomé à un matelas capable d’absorber de l’eau. Quand ce matelas est trop chargé, à un moment donné, il n’arrive plus à absorber. C’est la même chose avec notre sol. Le rejet des déchets plastiques et des ordures dans les rues finit par rendre le sol imperméable à l’infiltration des eaux pluviales.
Il y a également la question de l’entretien du système d’assainissement existant. Je parle notamment des caniveaux, des grands collecteurs qui traversent les quartiers, des égouts, de la lagune et des grands bassins qui entourent Lomé.
Aujourd’hui, beaucoup de ces ouvrages ne sont plus capables de retenir ou d’évacuer correctement les eaux. Même lorsque l’eau arrive, elle ne peut plus circuler normalement parce que certains caniveaux sont pratiquement impraticables. Il faut donc repenser l’ensemble du système pour faire de Lomé une ville mieux assainie.
Pourquoi ce problème d’inondation se pose davantage à Lomé qu’à l’intérieur du pays ?
La première explication est la concentration des populations à Lomé. Lomé étant la capitale, elle a connu au fil des années un déplacement massif des populations venant de l’intérieur du pays, notamment des jeunes à la recherche d’une meilleure vie et d’opportunités professionnelles. Aujourd’hui, beaucoup de personnes qui sont venues à Lomé ont réussi à avoir un emploi et cherchent naturellement à posséder un terrain et construire leur maison. Mais cette croissance rapide de la ville ne s’est pas toujours faite dans un cadre organisé. Les terrains ont été vendus dans tous les sens. Il y a eu des installations anarchiques dans certains domaines publics. Il y a également eu des abattages d’arbres et la disparition de certaines zones naturelles. Il y a eu un laisser-aller qui, aujourd’hui, produit des conséquences importantes sur la gestion des eaux pluviales.
Le changement climatique est-il également responsable de cette situation ?
Bien sûr, le changement climatique joue un rôle très important. Les anciennes études réalisées pour les travaux d’assainissement de Lomé étaient basées sur les quantités maximales de pluie que la ville connaissait auparavant.
À l’époque, on parlait généralement de précipitations autour de 90 à 100 millimètres d’eau par jour. Aujourd’hui, la situation a changé. Lomé peut recevoir plus de 200 millimètres d’eau en une matinée. Les infrastructures existantes n’ont pas été conçues pour supporter de tels volumes d’eau. C’est ce qui explique en grande partie les conséquences que nous observons aujourd’hui.
Certains pensent que les nombreuses constructions réduisent les espaces naturels permettant l’infiltration de l’eau.
Oui, cela rejoint ce que j’ai expliqué précédemment. L’installation massive des populations à Lomé a entraîné une forte occupation de l’espace. Lomé est devenue une ville attractive parce qu’il y a plus de travail et plus d’opportunités. Donc avec le temps, les grands espaces naturels, les zones d’infiltration et certains espaces publics ont progressivement disparu. Les quartiers n’ont plus toujours les grandes rues, les espaces libres ou les zones naturelles nécessaires pour permettre à l’eau de pénétrer dans le sol. C’est ce qui augmente les difficultés d’évacuation des eaux pendant les périodes de pluie.
Face à cette situation liée au changement climatique, quelles solutions envisager ?
D’abord, il faut reconnaître que le système d’assainissement actuel de Lomé n’est pas suffisamment bien entretenu. Je ne connais pas exactement la répartition des responsabilités entre les communes et l’État dans la politique communale togolaise, mais il est important que les différents acteurs travaillent ensemble. Les communes doivent pouvoir échanger et coordonner leurs actions. L’assainissement ne peut pas être traité commune par commune de manière isolée.
Par exemple, une commune peut nettoyer ses caniveaux, mais si la commune située en aval ne prend pas le relais, l’eau continuera à rencontrer des obstacles. Il faut donc une véritable chaîne de gestion.
Par ailleurs, avec l’intensité actuelle des pluies, les caniveaux existants ne sont plus adaptés. Il faudra augmenter leur capacité.
Dans certains cas, il faudra multiplier les sections d’écoulement par quatre, cinq ou six, selon les besoins.
Comment expliquez-vous que des quartiers aux caractéristiques très différentes, comme Klobatémé (où passe le bassin du Zio), Nyékonakpoè (situé à proximité de la lagune) ou encore Adidogomé (qui ne dispose ni de bassin ni de lagune) connaissent pourtant les mêmes problèmes d’inondation ?
Il faut comprendre que Lomé s’est fortement développée vers certaines zones comme Adidogomé et Agoè. Il y a trente ans, ces zones étaient encore des villages. Aujourd’hui, elles sont devenues de grands espaces de concentration de population. Mais l’installation des populations ne s’est pas toujours faite selon un véritable plan d’aménagement établi par l’État.
Je sais qu’il existe un plan directeur d’assainissement de Lomé, mais la question est de savoir s’il est réellement appliqué sur le terrain.
Est-ce que les populations respectent ce plan ? Est-ce que les services de l’urbanisme et de l’habitat suivent correctement les installations ? Construire est une chose, mais construire dans l’ordre en est une autre.
Le fait qu’un quartier soit situé près d’une lagune ou d’un cours d’eau protège-t-il contre les inondations ?
Non, cela ne joue pas forcément un rôle. Prenons l’exemple de la lagune de Lomé.
Aujourd’hui, même sans être technicien, on peut constater qu’elle contient beaucoup de sable, de boue, d’herbes et parfois même des déchets. Certains quartiers qui longent la lagune ont malheureusement transformé cet espace en zone de dépôt d’ordures.
Lorsque la lagune ne peut plus assurer correctement la circulation de l’eau, elle devient un obstacle à l’écoulement des eaux provenant des quartiers. Il faut donc assurer son entretien et son curage régulier.
Les canaux existants sont-ils adaptés aux besoins actuels ?
Non. Beaucoup de caniveaux construits dans l’ancien Lomé ne répondent plus aux besoins actuels, notamment face aux fortes pluies que nous connaissons aujourd’hui. C’est pourquoi je propose d’augmenter leurs capacités.
Dans certains pays, nous avons conservé les anciens caniveaux tout en modifiant leur configuration. Nous avons réalisé des ouvrages sous les chaussées avec des sections plus importantes.
Ainsi, les populations peuvent continuer à circuler normalement au-dessus, sans même savoir qu’un important système d’évacuation des eaux fonctionne sous leurs pieds.
Est-il techniquement possible d’agrandir les caniveaux existants ?
Pour agrandir certains caniveaux existants, il faudrait souvent les démolir entièrement. Cela représenterait un coût très important. À mon avis, il serait plus intéressant de revoir la structure supérieure, de refaire la chaussée et d’augmenter les sections d’écoulement sous la route. C’est une solution qui permet d’améliorer le système tout en limitant les contraintes liées aux travaux.
Est-ce qu’il y a des inconvénients à construire des routes ou des ouvrages sans prévoir correctement les accès aux caniveaux ?
Tout le système fonctionne ensemble. Les ouvrages doivent prévoir des points d’accès que nous appelons des regards ou des trous d’homme, afin de permettre le nettoyage et le curage.
L’assainissement ne concerne pas seulement les infrastructures, il concerne aussi la vie quotidienne des populations. Si les habitants doivent ouvrir des équipements difficiles d’accès pour y jeter les déchets, cela devient compliqué.
Il faut une bonne organisation de la collecte des ordures. Les sociétés chargées du ramassage doivent respecter leurs engagements afin que les déchets ne finissent pas dans les rues ou dans les caniveaux.
Il faut aussi lutter contre l’accumulation du sable sur les voies publiques. Le sable provenant des petites rues finit souvent dans les grandes voies puis dans les caniveaux.
Il faut donc améliorer le nettoyage des rues et aménager davantage les accès des quartiers pour limiter cet apport de sable.
Quand il y a des inondations, on parle souvent des stations de pompage. Quel est réellement leur rôle ?
Les stations de pompage servent principalement à diminuer le niveau d’eau dans les bassins qui reçoivent les eaux provenant des grands collecteurs et des caniveaux. Leur rôle est donc de réduire le volume d’eau présent dans les bassins afin de leur permettre de continuer à recevoir de nouvelles eaux pendant les épisodes de pluie. Ces stations restent indispensables.
Lorsqu’il pleut fortement, on voit souvent les services déployer rapidement des pompes mobiles pour évacuer l’eau.
Mais l’idéal serait de disposer de systèmes permanents, avec des installations fixes et des réseaux adaptés, afin que dès le début des pluies, les équipements puissent fonctionner automatiquement. Cela éviterait de devoir intervenir uniquement dans l’urgence.
Pouvez-vous nous expliquer ce que sont les caniveaux sous chaussée ?
Les caniveaux sous chaussée consistent à utiliser l’espace qui existe sous les routes pour créer des ouvrages d’évacuation d’eau.
Normalement, entre deux caniveaux qui longent une voie, il existe un espace utilisé par les véhicules et les piétons. Cet espace peut être exploité pour installer des ouvrages plus importants.
On fait alors des travaux de terrassement, on installe les caniveaux, puis on réalise une couverture solide avec des ouvertures permettant l’entretien.
Ensuite, on peut remettre une chaussée classique avec des pavés ou de l’enrobé.
Les populations peuvent donc circuler normalement, sans savoir qu’un important système d’évacuation fonctionne sous la route. C’est une solution déjà utilisée dans certains pays.
Quels sont les grands points d’évacuation naturelle de l’eau à Lomé ?
Quand on parle de l’eau à Lomé, il faut comprendre que la ville dispose de plusieurs grands exutoires naturels. Nous avons notamment les grands bassins, le Zio, la lagune et la mer. Ce sont ces espaces qui permettent normalement de recevoir et d’évacuer les eaux.
Dans d’autres pays où nous avons travaillé, nous avons utilisé des systèmes similaires avec des lacs, des lagunes ou la mer comme points de rejet.
L’objectif est toujours de permettre à l’eau de suivre un chemin naturel ou aménagé jusqu’à son point final.
Est-ce que les tunnels de drainage dont le gouvernement a récemment parlé peuvent être une solution ?
Oui, les tunnels de drainage peuvent constituer une solution intéressante, surtout dans une capitale où il est difficile d’interrompre les activités quotidiennes.
L’avantage des tunnels est qu’ils peuvent être réalisés en profondeur.
Pendant que les populations continuent de vivre normalement, de travailler et de circuler, un système souterrain permet d’évacuer les eaux de surface vers les grands bassins, la lagune ou la mer. C’est une solution qui mérite d’être étudiée.
Certains estiment que le sable qui s’accumule dans les canaux est la grande cause des inondations.
L’accumulation du sable sur les routes existe dans tous les pays. Le problème n’est pas uniquement la présence du sable, mais surtout la manière dont il est géré. Il faut une meilleure organisation au niveau des communes, notamment avec : les sociétés de nettoyage, les sociétés de ramassage des déchets, les services de balayage des voies publiques.
Le sable provient souvent des petites rues et des quartiers secondaires avant d’arriver sur les grandes routes. Il faut donc aménager davantage les accès des quartiers et veiller régulièrement au nettoyage.
Il faut également éviter que le sable retiré des routes soit simplement déposé sur les côtés, car il finit par retourner dans les caniveaux.
Vous avez parlé du rabattement de la nappe phréatique. Pouvez-vous expliquer cette technique ?
Le rabattement de la nappe phréatique est une technique qui consiste à pomper l’eau présente en profondeur dans le sol. Ce n’est pas le même système que les pompes utilisées pour retirer l’eau qui se trouve à la surface. On utilise des machines spécifiques avec des aiguilles qui pénètrent dans le sol afin d’aller chercher l’eau présente dans la nappe. L’objectif est de réduire temporairement le niveau de la nappe afin que le sol puisse retrouver une capacité d’absorption.
Si le sol est déjà saturé en eau, une nouvelle pluie importante ne pourra pas être absorbée correctement. Le sol devient alors comme un matériau rempli d’eau qui ne peut plus recevoir davantage.
Il faut encore rappeler que les déchets plastiques jouent un rôle important dans cette imperméabilisation du sol. Les sachets plastiques et autres déchets empêchent l’infiltration naturelle des eaux.
Le Togo dispose-t-il aujourd’hui des moyens nécessaires pour mettre en œuvre ces solutions ?
Je crois, mais il faut une vision globale. Personnellement, je plaiderais pour à la mise en place des états généraux de l’assainissement de Lomé.
L’assainissement d’une ville ne concerne pas uniquement le génie civil. On entend souvent les gens demander : « Où sont nos ingénieurs ? ». Mais les ingénieurs ne peuvent pas tout régler seuls.
Un bon système d’assainissement dépend de plusieurs facteurs : la gestion des déchets, la gestion des espaces publics, l’organisation des terrains, les voies secondaires, les ruelles des quartiers, l’éducation des populations…Tout cela doit fonctionner ensemble.
Une ville bien assainie permet de réduire les problèmes sanitaires : moins de paludisme, moins de choléra, moins de maladies liées à l’insalubrité. La santé publique a donc aussi un rôle important dans l’assainissement.
Les différents services de l’État et des communes doivent donc travailler ensemble.
Oui, il faut que tous ces services travaillent ensemble. L’assainissement doit être considéré comme une chaîne. On ne peut pas avoir une commune qui entretient parfaitement son territoire alors que la commune voisine bloque l’écoulement des eaux. L’eau ne connaît pas les limites administratives. Il faut donc une coordination entre les services techniques de l’État et ceux des communes.
Avant de lancer de nouveaux travaux, faut-il réaliser de nouvelles études ?
Il existe déjà un schéma directeur d’assainissement de Lomé. C’est dire que nous avons une base de travail. Mais comme toute étude, elle doit être régulièrement actualisée. Lomé des années 1980 n’est pas celui des années 1990, ni celui de 2020 ou de 2026. La ville a changé, la population a augmenté et les conditions climatiques ont évolué.
Il faut donc reprendre les analyses avec plusieurs spécialistes : les hydrologues, les géographes, les géomètres, les sociologues, les spécialistes de la santé…Tous doivent réfléchir ensemble pour proposer un système adapté à la ville de Lomé actuelle.
Si on vous confiait la mission de proposer des solutions concrètes contre les inondations à Lomé, quelles seraient vos recommandations ?
Toutes les explications que j’ai données précédemment représentent déjà les grandes lignes des solutions que je proposerais.
Nous avons aujourd’hui un avantage important : nous disposons déjà d’ouvrages existants. Il ne faut pas repartir de zéro.
Il faut d’abord rénover et réhabiliter ce qui existe déjà : les caniveaux, les bassins de rétention, la lagune, le Zio, les différents ouvrages d’évacuation. Ces infrastructures doivent retrouver leurs capacités initiales.
Ensuite, il faudra renforcer le système en augmentant les capacités d’évacuation.
Cela passe notamment par la création de caniveaux sous chaussée, l’augmentation des sections des ouvrages existants, l’amélioration des bassins de rétention, l’installation de stations de pompage adaptées.
Mais toutes ces solutions ne pourront fonctionner que si les citoyens changent également leurs comportements. Un bon système d’assainissement nécessite une population responsable dans la gestion quotidienne de son environnement.
Lorsque nous accumulons les déchets, les sachets plastiques et les ordures dans les rues, le sol finit par devenir compact et perd sa capacité d’infiltration. Les déchets empêchent l’eau de pénétrer dans le sol et favorisent l’accumulation de l’eau à la surface. Il faut donc changer les mentalités. La gestion des déchets doit devenir une responsabilité collective.
Avec la décentralisation, quel doit être le rôle des communes, des régions et de l’État dans la gestion de l’assainissement ?
Les communes ont un rôle essentiel parce qu’elles sont directement proches des populations. Elles doivent notamment gérer les services sociaux de base que sont l’enlèvement des ordures, l’assainissement, l’entretien des espaces publics, l’accompagnement des structures scolaires et sanitaires.
Les communes ont beaucoup de responsabilités, mais il est important de connaître clairement les compétences attribuées à chaque niveau de décision.
Les directions techniques des communes doivent être renforcées afin qu’elles puissent apporter des réponses adaptées aux problèmes d’assainissement. L’État doit également accompagner les communes et assurer une coordination générale.
Si une commune fait des efforts mais que les communes voisines ne suivent pas, cela ne risque-t-il pas de compromettre les résultats ?
C’est exact, l’assainissement est un travail collectif. Une commune seule ne peut pas résoudre un problème qui dépasse ses frontières. L’eau circule d’un quartier à un autre. Si une zone est bien entretenue mais qu’une autre laisse les déchets bloquer les passages d’eau, l’ensemble du système est perturbé. Il faut une action coordonnée entre toutes les communes.
Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités et aux populations concernant l’avenir de Lomé face aux inondations ?
Il faut comprendre que l’assainissement est un système global. Il ne s’agit pas uniquement de construire des caniveaux ou des ouvrages en béton. Il faut également une bonne gestion des déchets, une meilleure organisation urbaine, un respect des espaces publics, un entretien régulier des infrastructures, une participation active des citoyens.
Lomé dispose déjà d’atouts importants avec ses bassins, sa lagune et ses différents points naturels d’évacuation. Mais ces éléments doivent être entretenus et adaptés aux réalités actuelles.
Le changement climatique, la croissance démographique et l’évolution de la ville imposent de nouvelles méthodes et une vision collective. L’avenir de Lomé dépend donc de notre capacité à agir ensemble.


