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Sunday, September 19, 2021
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Que les jeunes ne disent pas “Non merci” à la politique, exhortent Maryse Quashie et Roger Folikoue

A travers leur chronique hebdomadaire « Cité au quotidien », rendu public ce vendredi et dont le titre est «NON MERCI », les deux universitaires, Maryse Quashie et Roger Folikoue, veulent exhorter les jeunes à s’intéresser à la politique. Ceci, après analyse faite des réactions des jeunes français dans le cadre des élections départementales et régionales.

Cité au quotidien : NON MERCI

Non, merci : c’est ce que deux Français sur trois ont répondu les dimanches 20 et 27 juin derniers à ceux qui leur offraient la possibilité d’aller mettre leur bulletin dans les urnes pour les élections départementales et régionales. Interrogés, certains ont dit qu’ils avaient oublié la date, et on pouvait imaginer qu’ils mentaient, à cause de tout le battage médiatique autour de ces élections.  Mais ce qui retient l’attention, ce sont ces réponses : « Non merci ! J’ai mieux à faire, aller me promener » ; « Il fait beau, j’ai décidé d’aller retrouver des amis » et surtout « Qu’est-ce que ça va changer ? ».  Cela est d’autant plus frappant que 8 jeunes sur 10 ont boudé les élections avec cette raison. Et le soir du 27 juin, un homme politique, élu à ces élections, a dit : « Quand la politique n’apporte plus de réponse aux problèmes des jeunes, mais aussi des salariés et des citoyens en général, il faut s’interroger pour ne plus continuer à dire simplement qu’il faut lutter contre l’abstention».

Pourquoi relevons-nous ces déclarations ? Parce que certains analystes ont dit que cela correspondait à un dégoût pour la politique essentiellement chez les jeunes. Discutant avec des jeunes de chez nous à propos de cette abstention française, ils ont manifesté de l’étonnement : «Pourquoi seraient-ils dégoûtés, disent-ils, chez eux, les élections peuvent amener des changements ; mais chez nous, ce sont toujours les mêmes qui gagnent et depuis que je suis petit, voter ne change rien » (Un jeune de 20 ans, qui a vécu les élections de 2005, 2007, 2010, 2013, 2015, 2018, 2019 et 2020).

En fait si les jeunes français pensent que les élections ne changent rien, c’est que les élections n’amènent pas les changements qu’ils auraient souhaités. Cela devrait nous amener à réfléchir, nous qui pensons que les jeunes africains pourraient se mobiliser s’ils avaient la garantie d’élections transparentes et justes. Oui, ils le feraient, mais en fait, ils exigent plus que cela : se voir offrir une chance de vivre autrement. Trouver du travail après leur temps de formation, un travail qui pourrait leur permettre de s’offrir une vie qui ne soit pas une galère.

Les analystes français ont également évoqué, pour expliquer l’abstention des jeunes, un certain désintérêt pour une classe politique qui ne se renouvelle pas. C’est sûrement vrai dans un pays relativement vieux comme la France, pays où la carrière des hommes politiques dure plusieurs dizaines d’années : on revoit les mêmes personnes d’échéance électorale en échéance électorale avec un discours qui ne se renouvelle pas substantiellement. La politique est devenue tout sauf un service envers les citoyens.

Pourquoi se passe-t-il la même chose chez nous ? Pourquoi la moyenne d’âge des leaders politiques est-elle si élevée, sans parler de celle des chefs d’Etat ? N’y aurait-il pas un problème d’alternance dans tous les secteurs de notre vie ? De fait, si l’alternance pose problème dans le monde politique tant au niveau du pouvoir que dans le fonctionnement des partis politiques, elle pose aussi problème à d’autres niveaux de la vie communautaire : associative et même religieuse. Et dans ce dernier domaine, par exemple, il existe des mouvements de jeunesse dirigés par des personnes ayant dépassé la quarantaine. Et finalement, certains jeunes s’en accommodent fort bien : « Les cheveux blancs, c’est la sagesse ! », disent-ils. Est-ce vrai ? Suffit-il d’avoir un âge avancé pour avoir un avis qui prime sur celui de tous les autres ? Ce faisant, on encourage la gérontocratie qui règne traditionnellement en famille.  Mais, en même temps, et c’est cela qui est grave, on pousse les jeunes à s’éloigner des groupes où les plus âgés ne laissent pas la place aux plus jeunes. Quand est-ce que ces derniers feront-ils leur expérience et donc leur apprentissage ?

Cette place prépondérante donnée aux plus âgés peut finalement constituer une entrave à l’engagement des jeunes. En effet, on les appelle, on les pousse à prendre une place dans les associations, mouvements, partis, mais on les maintient à des postes où ils n’ont pas de décisions à prendre, on leur confie toujours des tâches subalternes. Et il est vraiment ridicule d’entendre les septuagénaires qualifier les quadragénaires de jeunes sans expérience. Que disent-ils alors de ceux qui ont 25 ans dans un pays où cette classe d’âge constitue le quart de la population ? D’ailleurs, il faut se rendre compte que les associations,  les mouvements ou les partis, qui privilégient ce type de pratique et de discours, se privent de talents, puisque les jeunes ne s’y engagent plus, et le discours même de ces regroupements ne se renouvelle plus. Par conséquent, et c’est un cercle vicieux, il n’est plus attirant, et vieillit de plus en plus rapidement.

Oui, la porte ouverte à l’alternance constitue une des sources de l’engagement dans un mouvement car c’est une acceptation de la nécessité de l’innovation garante de vie. En effet, même si des orientations de base restent pérennes, les réponses données aux problèmes à une époque donnée ne peuvent constituer une sorte de dogme qui va être répété tout au long des années. La vie politique est vivace si et seulement si, face aux situations d’une époque donnée, elle propose des analyses nouvelles, mais surtout des réponses innovantes.  Il est vrai que l’esprit d’innovation n’appartient pas qu’aux jeunes. Ceux-ci sont parfois encore plus prudents que des vieillards à cheveux blancs : on veut que le changement aille tout doucement. Il faudrait se méfier du radicalisme, des réformes brutales qui ressemblent à de dangereuses révolutions, disent certains jeunes, etc. Mais a-t-on déjà vu un changement qui ne bouscule pas tout ou une partie des habitudes ? C’est le prix à payer pour aller de l’avant. Et pour se donner des chances pour cette tension vers l’avant qu’est l’esprit d’innovation, on est obligé de se tourner vers les jeunes, les vrais jeunes,  qui ne sont pas crispés sur ce qu’on fait d’habitude, qui n’ont pas tant de choses à défendre (postes, biens matériels et financiers, réputation, etc.) qui démontrent moins de loyauté envers des personnes qu’envers des idées ou des causes.

La semaine dernière, Bernadin ZEKPAH, un fidèle lecteur de la tribune, nous félicitait pour notre engagement avec la tribune hebdomadaire. « Dans la vie, chacun d’entre nous a une mission à accomplir (…), chacun par rapport à ce qu’il est, à sa vision des choses, à sa vocation, etc. a une mission à accomplir ici-bas. Et c’est ce que vous faites si bien. ».  Cependant  notre gratitude va surtout à sa conclusion : « Puisse cette force vive continuer à vous animer longtemps et susciter d’autres vocations pour qu’ensemble vos rêves d’un avenir meilleur pour le Togo et le continent africain deviennent réalité».  Nous le remercions vivement et nous disons également merci à tous les lecteurs et à toutes les lectrices de la « Cité au quotidien ».

La possibilité de susciter d’autres vocations, comme l’écrit Bernadin ZEKPAH, est, d’ailleurs, un des fondements de notre persévérance à tenir cette tribune ;  nous ne tenons guère à être et rester les seuls à mener ce type d’action.  Nous voulons à tout prix, en demeurant prêts à être remplacés un jour, éviter qu’un jeune puisse dire un jour « Non merci ! » à tout engagement qui lui sera proposé.

Lomé, le 2 juillet 2021 

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