Réunis au sein d’un Cadre national de concertation pour le changement au Togo (CNCC), des partis politiques de l’opposition et des organisations de la société civile ont livré une déclaration liminaire sans concession, dénonçant six décennies de gouvernance autoritaire, les dérives constitutionnelles récentes et l’ampleur des crimes économiques, tout en appelant à une mobilisation générale pour une lutte de libération nationale. Lisez plutôt!
Sous l’égide des organisations de la société civile et des partis politiques de l’opposition engagés dans la résistance au Togo
Déclaration liminaire
Chers compatriotes
Depuis 1963, le voile de la désolation et de la dictature s’est abattu sur le Togo. Notre pays pourtant riche d’Hommes et de ressources, n’arrive pas à transcender les défis de la gouvernance et du développement et à bâtir une nation forte, unie et prospère.
Six décennies de mauvaise gouvernance, de turbulences socio-politiques, de coups d’État permanent, de manipulation constitutionnelle, de corruption systémique, de violation des libertés individuelles et collectives, d’insécurité judiciaire, d’actes de torture ont fini par transformer notre pays en une zone de désolation. Le Togo est, par conséquent, incapable d’assurer le bien-être de ses enfants, comme l’atteste le World Happiness Report, qui inscrit régulièrement notre pays dans les bas niveaux de son classement.
En 2024, les forces obscures qui maintiennent le peuple togolais dans la servitude, ont décidé de renforcer leur mainmise sur le pays. Une manipulation constitutionnelle consacra un nouveau coup d’État contre la souveraineté et la dignité du peuple.
Sans aucune consultation préalable, le régime RPT/UNIR, en violation des dispositions de la Constitution de la 4eRépublique, que le peuple s’est librement et souverainement donnée en votant oui à 98,11 %, lors du référendum de septembre 1992, a décidé d’imposer à tous, un acte nouveau, qui consacre un système de présidence à vie. Un blanc-seing pour l’asservissement d’un peuple, qui assiste impuissant à la dérive d’un système inégalitaire, où les dirigeants se gavent des richesses nationales sur le dos des populations incapables d’assouvir leurs besoins essentiels.
Ce nouveau texte fondamental opère un recentrage autoritaire et, loin d’être un progrès démocratique, il institue un pouvoir personnel renforcé, incompatible avec les principes de séparation des pouvoirs et d’équilibre institutionnel.
Il conforte un homme dans une position de domination absolue, au mépris des principes fondateurs d’un État de droit. Nous assistons à une monarchisation de la République.
En considération de cette situation préoccupante pour l’ensemble du peuple togolais, des acteurs ont décidé de poursuivre l’œuvre de convergence et d’appeler le peuple à la résistance et à la lutte de libération. En effet, des organisations de la société civile togolaises (OSC) ensemble avec des partis politiques de l’opposition, ont initié une démarche dont l’objectif est de créer un espace de concertation et d’actions communes, avec pour fondement, une collaboration basée sur la confiance, la solidarité et la volonté farouche de s’opposer à la forfaiture de la nouvelle constitution. Le 03 mars 2025, ces acteurs avaient officialisé leur partenariat en procédant à la signature de la charte du Cadre de réflexion et d’action pour le changement au Togo.
La volonté de convergence et d’ouverture a conduit à poursuivre les discussions avec d’autres acteurs de la résistance, qui partagent la même vision de liberté et de souveraineté. Aujourd’hui, cette convergence s’étend et va se matérialiser par la signature de la charte du Cadre national de concertation pour le changement au Togo.
C’est un acte fondateur pour une grande lutte citoyenne de libération dans la vérité, la confiance, la dignité et la solidarité.
Ce cadre coopératif demeure ouvert à toutes les parties au Togo comme dans la diaspora, résolument engagées contre la constitution illégale de la 5e république et désireuses de travailler selon des dispositions saines érigées dans la Charte. Il est temps de mettre un terme aux attaques entre alliés qui ont fait tant de mal à la lutte. Il est temps que nous cessions de nous comporter comme des « proxi » ou des marionnettes au service de la dictature.
Mettons fin aux manœuvres de désinformation et de manipulation qui fracturent la résistance et fragilisent la mobilisation.
La lutte de libération est un impératif. Car notre pays se délite inexorablement dans les méandres de la dictature : restriction des libertés fondamentales, entraves au libre exercice des activités des partis politiques de l’opposition et des OSC, répression violente et sanglante des manifestations populaires, leaders de l’opposition harcelés, brutalisés ou chassés de certaines localités par des éléments des forces de sécurité, détentions arbitraires, torture et autres traitements inhumains et dégradants, suspensions des médias nationaux et internationaux, justice instrumentalisée, jeunesse martyrisée…
L’on se rappelle la répression aveugle des manifestations organisée par la jeunesse togolaise en juin 2025. Une répression sanglante perpétrée par des hommes en uniformes appuyés par des miliciens du parti au pouvoir, qui ont semé la mort et la désolation parmi de jeunes manifestants qui exprimaient leur ras-le-bol de la gouvernance calamiteuse du régime RPT/UNIR. A Lomé, les populations de certains quartiers avaient subi de nombreuses exactions : violations de domicile, arrestations arbitraires, passages à tabac, destructions de biens, tirs à balles réelles, noyades…
Il y a lieu de dénoncer également les crimes économiques. Le dernier rapport 2013-2022 de Global Financial Integrity, publié en Janvier 2026 et portant sur dix années d’échanges commerciaux, est très édifiant et rappelle que chaque année, en moyenne, au Togo, près de 800 milliards de FCFA disparaissent des caisses de l’État (7 fois le budget de la santé et 5 fois celui de l’éducation). Une manne financière qui au lieu de subvenir aux besoins du peuple, sert à enrichir une classe dirigeante boulimique de pouvoir et d’argent et qui maintient le peuple en situation de servitude. Il est temps que cela cesse.
Ce changement de constitution aux fins de monarchisation de notre pays constitue non seulement une menace sur nos libertés politiques, mais aussi et surtout il met en péril les conditions de vie déjà précaires de nos populations.
Oui la monarchisation de notre pays met en péril les conditions de vie des populations parce que quand un pouvoir n’est pas redevable au peuple, il entretient des vices tels que le détournement de deniers publics, l’accaparement des richesses par une minorité, l’enrichissement illicite…
Le régime RPT/UNIR n’a pas hésité à brader le Port de Lomé, un pilier de notre souveraineté économique au groupe Bolloré par une procédure que la justice française qualifie de corruption d’agent public. En d’autres termes, contre l’attribution frauduleuse de divers avantages au groupe Bolloré, le régime RPT/UNIR a obtenu une aide substantielle et illicite pour se maintenir au pouvoir. Un comportement mafieux contre lequel la justice française se prononcera lors d’un procès en décembre 2026.
Chers compatriotes,
Aujourd’hui, nous sollicitons la confiance de l’ensemble du peuple togolais et demandons à tous, de se remobiliser pour l’ultime combat, en étant conscients qu’un peuple mobilisé et déterminé est invincible.
Notre combat est la voie sacrée vers un changement de système qui mettra fin aux déviances du pouvoir et à l’impunité qui préserve les intérêts des prévaricateurs.
Il est temps de reconstruire les institutions de la République.
Il est temps de bâtir un véritable Etat au service des citoyens.
Il est temps de mettre fin à la corruption qui hypothèque l’avenir de nos enfants.
Il est temps de mettre fin à l’insécurité judiciaire qui transforme la justice en un outil de répression.
Il est temps de mettre en œuvre une gouvernance économique qui préserve les intérêts du peuple.
Il est temps de soulager les ménages et de leur offrir plus de sérénité par un partage équitable des richesses nationales.
Il importe de construire un système éducatif moderne, tourné vers l’avenir, un système de santé répondant aux besoins sanitaires du Togo.
Il est temps de dynamiser notre jeunesse, de l’outiller et de la mettre au travail pour en faire le fer de lance du développement harmonieux et inclusif de notre nation.
Il est temps de respecter le peuple souverain.
Il est temps de restaurer la dignité du peuple togolais souverain.
Pour y parvenir, nous devons nous redresser, sur l’ensemble du territoire national et dans l’ensemble de la diaspora togolaise, pour engager la lutte décisive et faire échec à la constitution frauduleuse et scélérate du pouvoir
RPT/UNIR. Il y va de la libération du Togo et du peuple togolais, il y va de la réalisation du changement véritable auquel nous aspirons tous.
En considération de tout ce qui précède, nous vous convions tous, chers compatriotes, à prendre part massivement au meeting populaire que nous organisons le 09 mai 2026 à Lomé.
Peuple togolais ton destin t’appartient. Mets en œuvre, les commandements de l’hymne national de notre cher pays le Togo.
Je vous remercie
Fait à Lomé, le 13 avril 2026

