L’économiste togolais Kako Nubukpo a vivement critiqué, samedi 27 juin à Paris, le rôle du franc CFA dans le maintien au pouvoir de régimes autoritaires en Afrique francophone. L’ancien ministre s’exprimait lors d’un colloque organisé par le département des relations internationales de l’Institut La Boétie.
Il n’est pas passé par 4 chemins pour démontrer le lien qui existe entre la France, le franc CFA et les dirigeants africains.
Pour le Prof. Nubukpo, à la différence des pays non francophones dont le Ghana et le Nigeria qui doivent travailler dur sur leur monnaie avant d’exister, le franc CFA permet aux dictateurs africains de rester tranquillement au pouvoir.
Le drame du franc CFA
« Le drame du franc CFA c’est l’assurance tout risque que la France donne aux dirigeants africains, en contrepartie de leur mauvaise gouvernance. Je n’ai jamais vu un assureur qui applaudit quelqu’un qui fait des accidents tout le temps et il continue de l’assurer », a-t-il déclaré.
Et quand la jeunesse africaine parle du complot français, estime-t-il, c’est parce que personne ne comprend pourquoi la France maintient la garantie sur le franc CFA.
« C’est une question qui reviendra et que les Africains ne vont pas lâcher. Ce sera non négociable. Pour nous, c’est le dernier avatar de la colonisation française en Afrique », a-t-il martelé.
Voilà pourquoi, pointe-t-il, la question centrale, lorsqu’il y a un changement de gouvernement dans un pays africain, c’est le maintien de la garantie par la France du CFA en relation avec l’euro.
Un franc qui permet aux élites africaines de vivre au-dessus de leurs moyens
Le même franc CFA, soutient l’économiste togolais, permet aux élites africaines de vivre au-dessus de leurs moyens. Avec un taux de change fixe avec l’euro, sa totale garantie de convertibilité avec l’euro et par le fait qu’il autorise une liberté de la circulation des capitaux de la zone franc vers la zone euro, note M. NUbukpo, les grands groupes français s’en sortent bien et les élites africaines peuvent s’acheter des appartements à Paris, envoyer leurs enfants faire des études et importer les biens et services qu’ils pouvaient produire chez eux mais qu’ils préfèrent importer parce que, soutient-il, « une monnaie forte donne l’impression que rien ne coûte cher ».
Le problème, regrette Kako Nubukpo, c’est que pour avoir tous ces éléments ‘intéressants’ du franc CFA, il faut avoir des réserves de change, donc des devises.
« Ces réserves viennent du travail de nos agriculteurs (producteurs de café, cacao et coton). Ce sont ces exportations de matières premières qui nous donnent des devises. C’est grâce à ces devises que nous arrivons à défendre le taux de change entre le franc CFA et l’euro », explique-t-il.
Selon lui, la situation ne serait pas très grave si les dirigeants africains utilisaient ce système pour développer les zones rurales, construire des dispensaires, des pistes rurales, des écoles, mettre de l’électricité et de l’eau potable dans les milieux reculés.
« Ce n’est pas le cas. On se retrouve avec un système validé par Paris mais qui ne produit pas du développement dans les pays qui l’utilisent », indique-t-il.
Il faudra donc, pense Kako Nubukpo, qu’on explique au contribuable français pourquoi son argent permet à Paris de mettre à l’abri de toute contestation publique les dictateurs africains.
Source: Global-Actu
