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Togo- Dans la Kozah : sourd, Mariano retrouve sa place en classe grâce à une enseignante itinérante

A titre illustratif | @Sylvio Combey/UNICEF-Togo

Mariano n’entend pas la cloche qui sonne le début des cours. Il ne perçoit pas la voix de son enseignant, ni les rires ou les chuchotements de ses camarades autour de lui. Dans une salle de classe où tout, ou presque, passe par le son, cet élève sourd de l’école primaire publique Kozah Centre a longtemps évolué comme en dehors du monde qui l’entourait.

Il y a un an encore, retrouver Mariano à l’heure de la classe relevait souvent de la chasse au trésor. « Quand je venais, il n’était pas souvent là, il fallait aller le chercher. Certaines fois, on le retrouvait près du tas d’ordures… », se souvient Patadi Hodalo. Cet élève sourd de l’école primaire publique Kozah Centre ne restait pas en salle, interagissait peu avec ses camarades, et laissait parfois éclater sa frustration en comportements violents.

Ce que Mariano vivait alors, c’est l’exclusion silencieuse d’un système scolaire qui ne savait pas encore comment le retenir. Au Togo, de nombreux enfants sourds ou porteurs d’un handicap intellectuel se retrouvent dans cette même marge : sans les outils pour suivre les cours, sans interlocuteurs pour communiquer, ils finissent souvent par déserter l’école, parfois même la rue devenant leur seul horizon.

Patadi Hodalo, enseignante itinérante à l’école primaire publique Kozah Centre au Togo. | © Orivas Prod / HI


D’enseignante ordinaire à enseignante itinérante

Patadi Hodalo n’était pourtant pas destinée à ce rôle. Elle enseignait dans une classe ordinaire lorsqu’elle a accompagné, un jour, un enfant sourd. Cette rencontre a suffi à faire basculer sa trajectoire : elle se présente à un concours de recrutement d’enseignants itinérants, un dispositif que l’organisation Humanité & Inclusion (HI) déploie au Togo pour épauler les élèves handicapés et les équipes pédagogiques. Sélectionnée, elle suit une formation en langue des signes et en éducation inclusive, puis rejoint l’équipe chargée d’intervenir directement dans les classes. Aujourd’hui, elle se déplace entre plusieurs écoles pour suivre 25 élèves.

Faire parler toute une classe en langue des signes

Face à l’isolement de Mariano, Patadi Hodalo ne s’est pas contentée d’intervenir ponctuellement à ses côtés. Elle a fait un choix plus ambitieux : enseigner la langue des signes à l’ensemble de la classe. « J’ai pris l’initiative de faire parler en langue des signes toute la classe. Comme cela, en mon absence, ses camarades et son enseignant peuvent travailler avec lui », explique-t-elle.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Peu à peu, les élèves ont appris à échanger avec Mariano, à l’aider à rester concentré, à l’intégrer dans les activités communes. Aujourd’hui, ce sont parfois eux qui vont le chercher lorsqu’il est absent, un geste devenu naturel, presque une évidence.

Un enfant qui reste, et qui avance

Mariano reste désormais en classe. Il accepte davantage le contact avec les autres, participe plus activement, et a été admis en classe supérieure à la fin de l’année scolaire. Pour Patadi Hodalo, ce parcours illustre une conviction simple : « Je suis fière de voir que les enfants que j’accompagne progressent dans leurs études, s’épanouissent socialement et sont inclus dans la société et à l’école. »

Des acquis fragiles

Mais l’inclusion scolaire ne s’arrête pas à la porte de l’école. À la maison, la langue des signes reste souvent hors de portée des familles, ce qui fragilise la continuité des apprentissages. Les formations destinées aux parents, autrefois assurées par HI, ont été suspendues faute de financement. « Ça nous soulagerait si HI pouvait reprendre la formation des parents », souligne Patadi Hodalo, rappelant au passage l’ampleur du soutien apporté par l’organisation : fournitures scolaires, prise en charge de la scolarité, formation des enseignants. Autant de piliers sans lesquels, dit-elle, beaucoup de ces enfants resteraient, une fois encore, en marge.

IciLome avec hi.org

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