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Tuesday, May 21, 2024
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Rentrée de la diplomatie togolaise : Joseph Kokou Koffigoh livre sa vision des transitions en Afrique

C’est un sujet d’actualité qui était au cœur de la rentrée de la diplomatie togolaise, marquée par une conférence sur les « les transitions démocratiques en Afrique entre rêves et réalités. » Un thème choisi par l’éminent conférencier, ancien premier ministre du Togo, Joseph Kokou Koffigoh. En homme averti pour avoir dirigé la transition politique togolaise aux lendemains de la conférence nationale « souveraine » en 1991.

Engagée dans la résolution des crises politiques dans la sous-région ces dernières années, la diplomatie togolaise a voulu mener des réflexions sur les transitions politiques en Afrique, tout en croisant les regards sur l’actualité des transitions militaires sur le continent. L’exercice confié à l’ex-Premier ministre togolais Koffigoh était une agora de débat. Pour ce dernier, il faut exorciser le passé du continent.

Le conférencier a relevé le paradoxe du processus des transitions sur le continent. Si les transitions des années 90 étaient plutôt pour réclamer plus de liberté (démocratie) et dénoncer les régimes militaires ; les plus récentes sont le fruit de renversement d’ordre constitutionnel par des militaires jadis décriés, aujourd’hui applaudis. Ces transitions semblent recevoir l’assentiment populaire. Un paradoxe qui mérite des questionnements…

La façade des partis uniques

Rapide panorama des transitions politiques des années 90, aux lendemains des indépendances désenchantées ! Me Koffigoh a replacé ces transitions dans leur contexte marqué par une déception et « une dégradation de la situation économique et sociale dans la plupart des pays en Afrique. » Ce qui a donc motivé des mouvements pour la quête de la démocratie face aux dérives des partis uniques, partis Etat : restriction des libertés, répression des opinions dissidentes etc…

Les résistances issues de cette situation de désenchantement après les indépendances ont forcé à l’époque les Etats à accepter ou initier des transitions politiques. Certains, à travers des assises nationales ou des actes constitutionnels ouvrant la voie au multipartisme. Ce qu’on a donc appelé le vent de la démocratie.

Plus de trente ans après ces vagues démocratiques, le continent semble de nouveau replonger dans une nouvelle forme de transition, cette fois-ci militaire. L’ancien premier ministre de la transition togolaise a fait observer que les tenants des transitions actuelles sont loin de remettre en cause la démocratie. Mais alors, qu’est ce qui fonde leurs actions ?

L’échec des transitions démocratiques ?

Les transitions démocratiques quelquefois « forcées » n’ont pas tenu toutes leurs promesses. Les conférences nationales « en dehors des débats houleux sur l’état de la nation », ces conférences avaient aussi pour mission, à travers les délégués, « d’élire et d’investir les organes de la transition… » Seulement, certains schémas de transition avaient relégué les chefs d’Etat à l’arrière-plan. Ce qui a conduit à des frustrations ayant plombé les processus démocratiques.

Le conférencier a alors insisté sur la nécessité de faire un bilan pour formuler des recommandations aux générations actuelles. Soulignant que les échecs ont conduit certains à la remise en cause de ces transitions. « Echecs, il y en a eu. Les transitions démocratiques des années 90 n’auraient pas réussi à apporter la paix et le calme dans tous les pays », des reproches rappelées par le conférencier qui a estimé qu’ « après les conférences nationales, des problèmes sont restés. » Tels des conflits tribaux dans certains pays… « Les partis politiques n’ont pas réussi à surmonter les clivages ethniques », a-t-il souligné.

Cependant, les acquis sont entre autres l’acquisition de l’idée selon laquelle « le pouvoir appartient au peuple qu’il exerce par l’intermédiaire de ses représentants. » « C’est une avancée en Afrique », a fait observer le conférencier. Il a aussi souligné l’avancée dans les libertés plus ou moins respectées et « mieux garanties que par le passé. »

Malgré ces avancées, la démocratie semble avoir du chemin pour s’établir sereinement en Afrique.

Continent toujours plus pauvre…

« Les transitions démocratiques n’ont pas résolu la question de l’extrême dépendance de l’Afrique vis-à-vis du monde extérieur après plus de 60 ans d’indépendance ! » Ainsi, il est établi le constat selon lequel le continent, malgré ses énormes potentiels, reste le plus pauvre. Cependant Me Koffigoh s’est demandé si cela était suffisant pour expliquer les marches arrière que constituent les coups d’Etat. « Même si on assiste à un phénomène populaire surtout des jeunes face à la nouvelle donne, force est d’affirmer que la prise de pouvoir par la force ne saurait être érigée en une norme, surtout là où les institutions de la République fonctionnent à peu près convenablement », pense l’ex-premier ministre.

Toutefois, il a amené son auditoire à regarder en face les réalités. « La réponse ne peut être envisagée autrement que là où la situation politique, économique et sociale est totalement bloquée et où le pays doit être considéré comme au bord de l’anéantissement total. »

Des mécanismes pour sortir des putschs

Une feuille de route acceptable pour tous qu’il faut proposer aux nouveaux venus sur la scène politique (ndlr : les putschistes) ! C’est ce qui a conduit à l’idée de transition telle que connue aujourd’hui. Le but, restaurer l’ordre constitutionnel. Mais en quoi devraient consister ces nouvelles transitions ?

A cette question, l’ex-premier ministre pense que les transitions actuelles doivent avoir pour objectif de restaurer l’ordre constitutionnel. Pour les pistes, il propose des durées entre un et trois ans. Une proposition tirée du passé mais aussi des situations actuelles sur le continent. « La transition doit s’appréhender comme une régence. Sa première caractéristique est d’être éphémère. Elle doit être courte si non elle s’apparente à une confiscation du pouvoir. La durée sera fonction de la situation de chaque pays », a estimé Me Joseph Kokou Koffigoh.

Mais en réalité, le grand défi est de réussir à surpasser les raisons génératrices des conflits. Transparences des élections, équilibres macro sociaux pour empêcher l’extrême pauvreté, et même la protection de ceux qui ont perdu le pouvoir si aucune charge de grave violation des droits de l’Homme ne pèse contre eux.

Autre sujet important qui semble faire le nid des nouvelles transitions : la gouvernance. Elle a été évoquée par les participants à cette conférence. Pour eux, les maux actuels du continent puisent leurs sources dans la mal gouvernance politique.

Carlos Tobias

Source : Full-news.info

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